UN INDICATEUR INADAPTÉ
Le ministère de l’Économie et des Finances a organisé ce 25 juillet 2025 à Libreville la Journée de la finance, un rendez-vous très important qui, en dépit de l’absence remarquée de plusieurs ténors du gouvernement, a permis au pays d’entrer de plain-pied dans une réflexion profonde sur la mobilisation des ressources pour ses projets structurants. Sur fond de présentations techniques, partenaires internationaux et experts financiers ont partagé dispositifs, outils et leviers pour accompagner le Gabon vers une croissance durable.
Placée sous le thème
« Quelle stratégie de financement pour assurer une croissance forte ? »
la rencontre intervient à l’orée d’une nouvelle donne budgétaire : l’élaboration du Plan national de croissance et de développement et la préparation de la loi de Finances 2026, avec en ligne de mire une ambition affichée de 10 % de croissance. Dans un contexte où le pays cherche à changer de paradigme et sortir d’un marasme économique qui l’a maintenu, des décennies durant, au rang des nations sous-développées, il est question de changer le fusil d’épaule.
L’un des points forts de cette journée aura été l’intervention de Luc Oyoubi, ancien ministre de l’Économie, dont les propos ont fait mouche. Il a dénoncé un biais structurel dans les critères d’éligibilité aux financements internationaux :
« Par rapport aux pays voisins, les conditions qu'on nous propose sont très chères et ceci est lié à un indicateur qu'ils ont fixé depuis le départ, qui est le PIB par tête. Or cet indicateur n'est pas pertinent pour un pays qui n'est pas peuplé. Nous payons régulièrement des taux d'intérêt très élevés, ce qui pénalise lourdement notre économie »
Un constat sévère, mais lucide, qui fait tâche d’huile dans les milieux économiques, tant il révèle les limites d’un système peu adapté à la réalité démographique de pays comme le Gabon.
« Le recours systématique au PIB par tête comme critère d’éligibilité financière défavorise structurellement les États à faible densité démographique, bien que leurs besoins en infrastructures soient tout aussi urgents. Le financement de projets structurants comme l’accès universel à l’eau et à l’énergie est entravé par des taux d’intérêt excessifs. Il devient donc important que les institutions financières revoient leurs méthodes d’appréciation des risques pour mieux accompagner des pays comme le Gabon, en tenant compte de leur réalité démographique et structurelle »
analyse un enseignant de l’Institut National des Sciences de Gestion (INSG).
Pour le ministère de l’Economie et des Finances, l’enjeu est désormais de bâtir une passerelle entre besoins structurels et offres de financement adaptées. Énergie, eau, infrastructures : les priorités sont définies. L’objectif est double. D’une part, garantir aux industriels une énergie compétitive et, d’autre part, assurer un accès équitable à l’électricité et à l’eau sur l’ensemble du territoire.
Les débats ont permis d’éclaircir les attentes et de préciser l’horizon. Les institutions comme la Banque africaine de développement, l’Union européenne ou la Banque mondiale sont appelées à jouer un rôle essentiel dans cette dynamique.