LE “MILLIARD D’IBOUNDJI”
Le scandale dit du “milliard d’Iboundji” continue de faire des vagues dans la province de l’Ogooué-Lolo. Mardi dernier, trois personnes, dont le délégué spécial d’Iboundji, Jean-Claude Pango, ainsi que deux responsables de la société adjudicataire, Olivier Moudiango Mbongui et Régis Dikolangoye, ont été entendues au parquet de Koula-Moutou. Une audition qui a mis la puce à l’oreille à plus d’un sur la gestion des fonds destinés au développement local.
Selon des sources proches du dossier, plus de 80 % de l’enveloppe allouée, près d’un milliard de francs, auraient déjà été décaissés. Pourtant, sur le terrain, les chantiers tournent en rond. L’Hôtel de Ville reste une chimère, la réhabilitation de la préfecture et des écoles piétine, tandis que l’éclairage public et l’adduction d’eau potable ne sont que partiellement fonctionnels. Les ouvriers, eux, se retrouvent dans de sales draps, impayés depuis plusieurs mois.
Pour certains observateurs, tout cela sent le roussi. L’argent, ou plutôt l’oseille, semble s’être évaporé dans les mailles d’un système où l’impunité règne. D’après une source judiciaire, l’enquête pourrait être transférée à Libreville, au tribunal spécial criminel, chargé des crimes financiers. Ce dernier aura la lourde tâche de déterrer le pot aux roses. On évoque même des rétrocommissions et des complicités. Certains pensent que des responsables auraient été de mèche pour détourner une partie des fonds.
Le délégué spécial, pris de cours lors de son interrogatoire à la DGR, aurait reconnu avoir sorti 27 millions de francs en liquide, sans pouvoir justifier clairement leur provenance. De quoi placer les protagonistes dans le collimateur de la justice. Au Gabon, le doute persiste. Ce scandale connaîtra-t-il un vrai dénouement, ou sera-t-il classé sans suite, comme tant d’autres.
“Pour moi, cette affaire du “milliard d’Iboundji” sent mauvais. Il faut fouiller les comptes bancaires, examiner les contrats et vérifier à quoi ont réellement servi les 80 % d’argent déjà dépensés. Je chercherais aussi à savoir qui a touché quoi et pourquoi les chantiers se sont arrêtés. Les documents de paiement, les factures et les retraits doivent être comparés aux travaux sur le terrain. La piste des rétrocommissions est à creuser. Si tout cela est vrai, certains risquent bien de finir derrière les barreaux"
commente un habitué des enquêtes.
Pendant ce temps, un responsable de Koula-Moutou tente tant bien que mal de “tourner la page” en remettant l’eau et la lumière dans la ville. Mais pour beaucoup, il ne s’agit que d’une manœuvre de dernière minute, une navette pour calmer les esprits. À Iboundji, les habitants, menés en bateau depuis trop longtemps, espèrent que cette fois qu’aucune entorse ne viendra entacher la vérité, rapporte par ailleurs l'Union.
