INÉGALITÉS ENTRE VILLES ET ARRIÈRE-PAYS
Le ministre de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, Marc Alexandre Doumba, a été auditionné vendredi par la commission sénatoriale de la santé, de l’éducation, des affaires culturelles et de la communication. L’objectif : présenter l’ordonnance n°006/PR du 12 août 2025, censée encadrer la digitalisation au Gabon.
Lors de son intervention, le ministre a défendu une vision ambitieuse : transformer l’administration gabonaise en un service public numérique, sécurisé et accessible sur mobile, ouvrir les données publiques aux citoyens et développer des plateformes numériques pour optimiser le patrimoine informationnel de l’État. « La digitalisation s'entend de la dématérialisation, de l'informatisation et de la simplification des procédures administratives et des documents. Elle garantit aux usagers une administration publique numérique sécurisée », a déclaré Mark Alexandre Doumba.
Pour le gouvernement, ce texte constitue un levier essentiel de modernisation et d’efficacité de l’action publique. Il promet de stimuler l’économie numérique, d’assurer la transparence et de sécuriser les systèmes face aux cybermenaces. Mais derrière ces ambitions, un risque majeur apparaît : celui de creuser les inégalités territoriales et sociales.
La présidente du Sénat a alerté sur ce point : « Nous représentons l’arrière-pays, alors même qu’à Libreville, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Il aurait fallu un plan concret de digitalisation pour que tous les citoyens puissent bénéficier de ces services », a-t-elle souligné. En effet, sans déploiement adapté dans les zones rurales, la digitalisation pourrait profiter principalement aux habitants des grandes villes, accentuant ainsi la fracture numérique et limitant l’accès aux services essentiels pour les populations éloignées.
Les sénateurs ont insisté sur la nécessité d’un calendrier précis et d’un plan opérationnel détaillé. Sans ces éléments, la transition numérique risque de rester abstraite et théorique, avec un impact limité pour la majorité des Gabonais.
Si l’ordonnance n°006/PR marque un pas vers la modernisation, la réussite de cette réforme dépendra de sa capacité à inclure toutes les populations, urbaines comme rurales, afin que la digitalisation ne devienne pas un facteur supplémentaire d’inégalité.