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CONTRÔLÉ À 95 % PAR DES NON-NATIONAUX

CONTRÔLÉ À 95 % PAR DES NON-NATIONAUX
Le Gabon réforme le secteur du ciment pour favoriser la gabonisation, réduire les importations de clinker, créer des emplois locaux et renforcer la souveraineté industrielle sous l’impulsion du Président Oligui Nguema.

Le Président de la République, Chef de l’État et Chef du Gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, a présidé le Conseil des Ministres ce jeudi 18 décembre 2025, au Palais de la Présidence de la République. Au cœur des discussions : une décision stratégique visant à réformer en profondeur le secteur de la revente du ciment, actuellement dominé par des opérateurs étrangers, afin de favoriser une gabonisation progressive de cette activité essentielle pour le développement des infrastructures du pays.


Une industrie dominée par des non-nationaux


Selon le communiqué final du Conseil des Ministres, le Président a instruit les ministères concernés de proposer un plan de transformation du secteur, notamment pour réduire la part de revendeurs étrangers, estimée à environ 95 % du marché de la revente du ciment au Gabon. Cette préconisation s’inscrit dans une volonté politique forte de donner davantage de parts de marché aux opérateurs nationaux tout en maintenant l’accessibilité du produit et la maîtrise des prix.


La production et la demande nationales


Actuellement, le marché gabonais du ciment est principalement approvisionné par Ciments de l’Afrique (CIMAF) Gabon, filiale du groupe marocain CIMAF, qui exploite des usines de broyage près de Libreville. La capacité de production nationale est estimée à environ 850 000 tonnes par an, une quantité suffisante pour couvrir la demande locale estimée à environ 600 000 à 800 000 tonnes par an, selon plusieurs analyses industrielles récentes.  


Cette production répond globalement à la demande interne, mais avec une marge limitée. Pour compenser l’absence de production locale de matière première (le clinker), le Gabon dépendait encore récemment d’importations importantes. En effet, l’industrie ne produisait plus de clinker localement depuis 2014, ce qui a conduit à importer massivement cette matière première essentielle à la fabrication du ciment. 


Un secteur peu diversifié


Le secteur de la production de ciment au Gabon est peu diversifié, avec CIMAF Gabon en position dominante. Historiquement, il existait plusieurs petites cimenteries ou usines locales, mais à l’heure actuelle, CIMAF demeure l’acteur majeur, exploitant presque toute la capacité industrielle du pays. Des sources recensent l’existence d’anciennes usines comme Cimgabon, intégrées dans le groupe CIMAF, mais d’autres producteurs locaux significatifs ne sont pas actuellement recensés comme des concurrents majeurs sur l’ensemble du territoire gabonais.  


La part de marché de CIMAF est donc largement supérieure à 70 % à 80 %, voire dominante, bien que des chiffres précis officiels ne soient pas disponibles publiquement dans les rapports récents. 


Vers l’autosuffisance : arrêt des importations


L’un des points les plus marquants de la réforme concerne le clinker, le principal composant du ciment. Le Gabon importait encore du clinker, une dépendance qui avait un impact négatif sur la balance commerciale.  


Le gouvernement a annoncé une interdiction totale des importations de clinker à partir du 1ᵉʳ janvier 2027. Cette décision vise à relancer la production locale de clinker et à réduire la dépendance externe, alignée sur la stratégie plus large de souveraineté économique. 


Production locale de clinker : un nouvel investissement clé


Pour atteindre cet objectif, des projets industriels sont en cours, notamment la construction d’une usine de production de clinker à Meba (Estuaire), estimée à environ 89 milliards de FCFA (≈ 147 millions $) et qui devrait permettre d’augmenter la production locale de ciment jusqu’à 1 million de tonnes par an ou plus, tout en créant des milliers d’emplois directs et indirects autour du projet.  


Emplois et opportunités pour les Gabonais


La relocalisation de la production et la stimulation de l’industrie locale vont ouvrir des opportunités d’emploi pour les Gabonais. Dans la phase de construction des nouvelles lignes et unités de production, des milliers d’emplois peuvent être créés. Sur le long terme, l’exploitation des usines (production, maintenance, logistique, distribution, vente) nécessitera des techniciens, ingénieurs, opérateurs de production, logisticiens et équipes commerciales gabonaises.


Des estimations montrent qu’à elle seule, la troisième ligne de production de ciment de CIMAF à Ntoum générerait environ 1 400 emplois directs en phase de projet et 500 emplois lors de l’exploitation, auxquels s’ajoutent des emplois induits dans la logistique et la distribution.


Emplois potentiels à court et moyen terme


Si le Gabon met en œuvre un plan de transfert de compétences efficace, des milliers de Gabonais peuvent être recrutés à court et moyen terme, notamment dans :




  • Production industrielle (opérateurs machines, techniciens maintenance)




  • Qualité et contrôle




  • Logistique et transport




  • Vente et distribution




  • Administration et gestion d’entrepôts




La capacité à former rapidement une main-d’œuvre qualifiée dépendra des politiques de formation et de partenariat avec les entreprises industrielles.


Barrières à l’entrée : création de dépôts et de quincailleries


Créer un dépôt de ciment ou une quincaillerie au Gabon nécessite un capital significatif, car les coûts incluent l’achat initial de stocks (souvent plusieurs centaines de tonnes de ciment), l’infrastructure de stockage, les frais logistiques, ainsi que les licences commerciales. Si l’on ne dispose pas d’un réseau d’importation ou de production locale, ces coûts peuvent être prohibitifs pour de nombreux petits entrepreneurs.


Ce que le gouvernement gagne


La nationalisation progressive du secteur permettra :




  • D’accroître les recettes fiscales (taxes et impôts locaux),




  • De réduire les sorties de devises liées aux importations de clinker,




  • D’augmenter l’emploi des citoyens gabonais,




  • De renforcer l’autonomie industrielle du pays.




Mesures gouvernementales prises depuis août 2023


Depuis 2023, plusieurs mesures ont été engagées pour soutenir l’industrie locale :




  • Accords d’investissement avec CIMAF pour augmenter la capacité de production de ciment à 1,85 million de tonnes par an, couvrant largement les besoins internes. 




  • Négociations pour relancer la production locale de clinker, avec des projets industriels structurants.





Une transformation profonde mais progressive


Le secteur du ciment au Gabon est à un tournant historique. Avec une domination actuelle de quelques opérateurs étrangers, principalement CIMAF Gabon, le pays s’oriente vers une gabonisation contrôlée du secteur, renforcée par l’interdiction prochaine des importations de clinker et des projets industriels ambitieux. Si le plan est bien exécuté, les emplois locaux, la maîtrise des prix, et l’autonomie industrielle seront les principales retombées pour l’économie gabonaise. Le défi reste maintenant d’assurer la formation, l’accès au capital et la participation effective des Gabonais dans tous les maillons de cette chaîne industrielle.

Par Pamphil

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