ENAM, UN CAMPUS OUVERT AUX BRAQUEURS
Au PK11, là où l’apprentissage devrait rimer avec sécurité, l’insécurité s’impose sans prévenir à l’École nationale d’art et manufacture (ENAM). Cette école, située dans une zone de plus en plus exposée à la délinquance urbaine, inquiète enseignants, étudiants et parents. En seulement 48 heures, deux étudiantes ont été victimes de braquages. C’est un signal suffisant pour tirer la sonnette d’alarme pour toute la communauté universitaire.
Selon l’administration et les étudiants, le problème vient en grande partie d’une clôture inachevée qui laisse le campus ouvert et vulnérable. À l’ENAM, l’insécurité gagne du terrain. Un décor lourd, anxiogène, qui pèse sur les plus de 700 étudiants de l’établissement public.
Une barrière jamais terminée
Arrivé à la tête de l’école en octobre 2023, le directeur général Jean-Clément Doukaga n’essaie pas de cacher la réalité. La barrière de sécurité, jamais achevée, expose directement les apprenants. Les accès non contrôlés, les zones sans surveillance et la vulnérabilité structurelle font de l’école une proie facile.
“Le mur est cassé de part et d'autre, donc il y a des populations qui passent au travers de l'école. C'est un souci, une cause de sécurité”, a déclaré Jean-Clément Doukaga.
Il explique que cette situation est héritée, mais qu’elle est désormais urgente. L’inaction coûte en sérénité et parfois même en intégrité physique. Les agressions répétées ont plongé la communauté estudiantine dans une véritable psychose.
Une demande claire au ministère
La tension est palpable. Certains braquages ont lieu à l’intérieur même de l’enceinte scolaire, ce qui brouille la frontière entre espaces académiques et zones à risque. Wilfried Mbadinga Nzegue, surveillant général adjoint 2 à l’ENAM, demande des mesures concrètes :
“Tout ce que nous demandons à notre ministère, c'est de revoir au sein de l'école, au niveau de l'insécurité, de revoir l'histoire de la barrière, à ce qu'on subit. Il y a des braquages”
Cette demande rejoint celle de nombreux étudiants et membres du personnel, fatigués de vivre dans la peur.
La mutuelle et la surveillance
Face à cette insécurité, la mutuelle des étudiants a essayé d’agir. Manfoumbi, président de la mutuelle, explique :
“La mutuelle avait entrepris des démarches en rentrant en contact avec la surveillance, pour que la surveillance essaie de pouvoir contrôler la présence des étudiants dans l'établissement, parce que les agressions, à préciser, se sont faits dans l'établissement.”
Malgré ces démarches, la surveillance reste insuffisante. Les zones non surveillées continuent de créer un sentiment d’insécurité permanent chez les étudiants.
Témoignages des victimes
Le vécu des étudiantes montre l’ampleur du problème. Assengone Marie-Paule, victime récente, raconte son expérience avec la peur au ventre :
“Je suis venue au cours de 10 heures pour venir retrouver mon groupe de travail en classe. En venant, j'ai pris le petit portail d'entrée. Comme je pensais qu'il y avait des étudiants qui marchaient derrière moi, ce n'était pas un étudiant. Lorsque j'ai traversé le portail et arrivé au niveau des statuettes, j'ai attrapé mon sac à la main. J'ai senti une pression et on m'a arraché le sac. Le temps que je me retourne, je me suis rendu compte que c'était quelqu'un que je ne connaissais pas. Il a pris la fuite.”
Ces témoignages sont glaçants et montrent à quel point les étudiants sont vulnérables même dans l’enceinte de leur école.
Une peur qui grignote le quotidien
Les étudiants vivent avec la peur au ventre. Ils ont peur de se déplacer, peur de prendre des notes dans les salles de classe, peur de discuter dans les couloirs. La concentration est affectée, et l’esprit collectif de l’école est fragilisé. Chaque étudiant ressent que sa sécurité n’est pas garantie.
Les enseignants et le personnel administratif reconnaissent que la situation est difficile. La crainte de nouvelles agressions est constante, et la communauté universitaire cherche des solutions urgentes.
Ce que demandent les étudiants
Les demandes des étudiants sont simples : finalisation immédiate de la clôture, renforcement de la surveillance interne et présence visible des forces de l’ordre aux abords et à l’intérieur de l’école. Ils veulent des actes concrets et non des promesses.
Pour eux, l’école doit rester un lieu sûr. Ils insistent sur le fait que l’ENAM ne peut pas être une zone de non-droit. L’apprentissage et la créativité ne doivent pas être interrompus par la peur et la violence.
Une école vulnérable mais avec des solutions possibles
Le problème de l’ENAM n’est pas insoluble. Une clôture achevée, des rondes régulières, des caméras et une présence policière plus fréquente pourraient changer la situation. Mais il faut de la volonté et des ressources.
Le directeur Jean-Clément Doukaga et le personnel administratif l’ont répété : il est urgent de protéger les étudiants. “Le mur est cassé de part et d'autre, donc il y a des populations qui passent au travers de l'école. C'est un souci, une cause de sécurité.” Cette phrase résume la gravité de la situation.
Il est possible de restaurer la sécurité
Aujourd’hui, l’ENAM est un campus où l’insécurité s’invite dans chaque coin. Les étudiants ne se sentent pas protégés et vivent avec la peur. Mais il est possible de restaurer la sécurité. Le ministère, la direction et la communauté étudiante doivent agir de concert pour que l’école redevienne un lieu sûr.
Les étudiants ont besoin d’étudier sans craindre pour leurs sacs ou leur intégrité physique. L’ENAM mérite d’être un lieu d’apprentissage et de sécurité.