MAFOULA PEUT-IL BATTRE SASSOU NGUESSO ?
Uphrem Dave Mafoula a déposé officiellement sa candidature à la présidentielle des 12 et 15 mars prochains du Congo-Brazzaville. Dans l’effervescence des rues, entre journalistes et curieux, le président du parti Les Souverainistes (LS) a versé la caution de 25 millions FCFA à la Direction générale des affaires électorales (DGAE). Son discours a résonné comme un appel à la responsabilité et à la renaissance du Congo, tout en rappelant sa détermination à offrir une alternative politique crédible à Denis Sassou Nguesso, au pouvoir depuis plus de quatre décennies. Une mission titanesque.
Un candidat expérimenté, une mission titanesque
Uphrem Dave Mafoula n’est pas un novice en politique. Son parcours au sein de l’opposition congolaise l’a placé sur le devant de la scène nationale lors de l’élection présidentielle de 2021, où il avait occupé la cinquième place sur sept candidats. Malgré ce résultat modeste, sa présence à l’échelle nationale a permis à son parti, Les Souverainistes, de gagner en visibilité.
Cependant, ses performances électorales passées montrent une réalité complexe : il existe une base d’électeurs fidèles mais relativement restreinte. Dans un pays où les élections sont souvent dominées par de grandes figures politiques, le défi pour Mafoula est d’étendre son influence au-delà de ses partisans traditionnels. Son slogan, « un nouveau départ vers la justice, la vérité et la renaissance du Congo », illustre sa tentative de capter l’attention des électeurs déçus par les partis traditionnels, mais il reste à voir si cet appel résonnera face à un président enraciné dans le pouvoir depuis des décennies.
Denis Sassou Nguesso : un adversaire presque imbattable
Denis Sassou Nguesso est plus qu’un président ; il est une institution politique. Présent sur la scène politique congolaise depuis les années 1970, il a su consolider son pouvoir à travers un réseau dense de soutiens politiques, militaires et économiques. Sa longévité au pouvoir, renforcée par des réformes constitutionnelles permettant sa réélection, le place dans une position quasi imbattable.
Pour Mafoula, affronter un tel mastodonte signifie naviguer sur un terrain électoral inégal. Sassou Nguesso bénéficie d’un appareil d’État bien huilé, capable de mobiliser d’incroyables ressources financières, logistiques et médiatiques. De plus, son nom est profondément ancré dans l’esprit des électeurs plus âgés, pour qui la stabilité et l’expérience sont des valeurs essentielles. Cela représente un handicap majeur pour un candidat de l’opposition, même charismatique et engagé comme Mafoula.
La stratégie d’Uphrem Dave Mafoula : séduire l’opposition et la jeunesse
Face à cette asymétrie de pouvoir, Mafoula semble miser sur deux axes principaux. L’opposition dispersée et la jeunesse. Le Congo, comme beaucoup de pays africains, a une population jeune, souvent déconnectée des structures politiques traditionnelles. Mafoula tente de capitaliser sur ce vivier en prônant la justice, la responsabilité et la renaissance du pays. Ces thèmes, qui parlent à une population aspirant au changement, pourraient lui offrir une marge de manœuvre.
Cependant, séduire la jeunesse seule ne suffit pas. Le vote au Congo est également fortement influencé par les réseaux locaux, les chefs coutumiers et les alliances régionales et départementales. Mafoula devra donc étendre sa portée géographique et ethnique et convaincre des électeurs dans des zones historiquement acquises à Sassou Nguesso, le nord notamment, ce qui s’annonce comme un défi colossal.
Les obstacles institutionnels et médiatiques
Outre la popularité du président sortant, Mafoula doit composer avec des obstacles institutionnels et médiatiques. Les médias nationaux, souvent sous contrôle étatique ou influencés par des proches du pouvoir, ne garantissent pas une exposition équilibrée à tous les candidats. Dans ce contexte, Mafoula doit trouver des moyens alternatifs pour faire passer son message, notamment via les réseaux sociaux et les mobilisations citoyennes.
Les obstacles institutionnels incluent également le financement de campagne. Même avec une caution de 25 millions FCFA, la logistique d’une campagne nationale compétitive, comprenant déplacements, meetings, communication, demande des ressources considérables. Sassou Nguesso, avec un accès quasi illimité aux fonds et au soutien de l’État, reste largement favori dans ce domaine.
Une opposition fragmentée : un terrain à double tranchant
La fragmentation de l’opposition congolaise est un autre facteur déterminant. Mafoula ne peut espérer gagner sans une unité minimale autour de son projet politique. Actuellement, plusieurs partis et figures de l’opposition ont des visions et des stratégies divergentes. Une candidature isolée risque de diluer le vote anti-Sassou, rendant le scénario d’un second tour ou d’une surprise électorale extrêmement improbable.
Pour inverser la tendance, Mafoula devrait incarner une figure rassembleuse, capable de fédérer différents courants de l’opposition tout en maintenant une identité forte. Cela implique un subtil équilibre entre compromis et fermeté sur ses principes de justice et de responsabilité.
Les scénarios possibles
Malgré les obstacles, plusieurs scénarios peuvent se dessiner :
Mobilisation exceptionnelle de l’opposition et de la jeunesse : si Mafoula réussit à galvaniser une coalition de partis et à susciter l’enthousiasme des jeunes électeurs, il pourrait créer une dynamique difficile à ignorer. Cette vague de soutien pourrait réduire l’écart avec Sassou Nguesso, voire le menacer dans certaines régions urbaines et jeunes.
Une élection calme mais contrôlée : si l’élection se déroule dans un cadre institutionnel fortement dominé par l’administration et les médias officiels, Mafoula pourrait obtenir un résultat honorable mais insuffisant pour renverser la tendance. Dans ce scénario, sa candidature servirait davantage à renforcer sa visibilité politique et à préparer l’avenir.
L’effet symbole : même si la victoire est improbable, déposer sa candidature et mener une campagne active permet à Mafoula de se positionner comme un acteur incontournable de l’opposition. Cela peut consolider son image de leader politique crédible tout en préparant une prochaine échéance électorale.
Des chances limitées mais un message important
Les chances de victoire d’Uphrem Dave Mafoula face à Denis Sassou Nguesso restent objectivement faibles. L’expérience, l’appareil politique et la longévité du président sortant constituent des obstacles presque insurmontables. Toutefois, l’importance de sa candidature ne se mesure pas uniquement en termes de victoire électorale. Mafoula apporte un souffle nouveau, une voix pour la jeunesse et un message de responsabilité qui pourrait remodeler progressivement le paysage politique congolais. Même si le scénario d’une surprise électorale paraît mince, son rôle dans la sensibilisation des citoyens, la mobilisation de l’opposition et la proposition d’une alternative politique crédible peut créer la surprise.