TOUS S’ACCROCHENT SAUF AU RPG
Au moment où la question de l’alternance interne agite les formations politiques gabonaises, un fait tranche avec les habitudes bien ancrées du paysage partisan. À Rassemblement pour le Gabon (RPG), le 9ᵉ congrès ordinaire tenu à Libreville a débouché sur l’élection de Rafael Edzang à la présidence du parti, succédant ainsi à Laurent Angue Mezui. Un passage de témoin rare dans un pays où, bien souvent, les présidents-fondateurs ne veulent rien lâcher, tant qu’ils vivent, considérant leur formation comme leur chose, leur bébé, voire leur enfant politique.
Contexte : un paysage politique figé
Depuis des décennies, la vie politique gabonaise est marquée par une forte personnalisation des partis. Beaucoup de formations sont structurées autour d’un homme, parfois d’une famille, et la direction devient un sujet tabou tant que le fondateur est en vie. À aucun prix certains ne consentent à céder leur fauteuil, vu comme le symbole de leur autorité. Dans ce contexte où l’alternance interne est souvent perçue comme un suicide politique, la décision prise au sein du RPG contraste avec les pratiques observées dans d’autres partis comme le PSD, le CLR, le PDS, le RNR, l’UPR, la LD, le RPM, l’AP, Ensemble Pour le Gabon ou encore la LDL.
S’accrocher au pouvoir, contre vents et marées
Au Gabon, nombre de présidents-fondateurs se sont accrochés à la tête de leur parti contre vents et marées. Pour eux, il est hors de question de transmettre les rênes, même après des revers électoraux ou des crises internes. Le parti devient une propriété presque familiale. L’épouse peut être propulsée vice-présidente, les enfants intégrés dans les instances dirigeantes, et toute contestation interne assimilée à une trahison.
Dans ces formations, la présidence est parfois exercée de manière jugée totalitaire par certains militants. Les décisions stratégiques, les investitures, les alliances, tout remonte au fondateur. La base, elle, se contente d’entériner. La convoitise et la cupidité ne sont jamais loin lorsqu’il s’agit de contrôler un appareil politique qui donne accès aux financements, aux postes et aux privilèges.
Le parti comme patrimoine personnel
Pour plusieurs leaders politiques, céder la direction reviendrait à renoncer à une part de leur identité. Le parti, disent-ils en privé, c’est leur bébé, leur œuvre, le fruit de sacrifices personnels. Ils l’ont porté sur les fonts baptismaux, l’ont défendu face aux tempêtes politiques, et l’ont maintenu en vie dans des périodes de vaches maigres. À leurs yeux, laisser la main serait presque une dépossession.
Cette posture nombriliste et parfois égocentrique est souvent justifiée par la peur de l’éclatement. « Si je pars, tout s’écroule », confient certains présidents-fondateurs. Le fondateur se considère comme le ciment, la seule figure capable de maintenir l’unité. Dès lors, toute volonté d’alternance est présentée comme un complot ou une tentative de déstabilisation.
Une alternance considérée comme un risque
Dans ce climat, envisager un congrès réellement électif est considérée comme une prise de risque. Beaucoup redoutent qu’un vote interne ne révèle des fractures. Certains estiment même qu’accepter la compétition serait un suicide politique, ouvrant la voie à des rivalités incontrôlables.
Il n’est pas rare que les textes soient modifiés puis taillés sur mesure pour permettre au président-fondateur de se représenter indéfiniment. Les congrès deviennent de simples formalités, où l’on reconduit le chef par acclamation. À aucun prix on ne veut donner l’image d’un parti divisé.
L’exception du RPG et du père Paul Mba Abessole
C’est dans ce paysage que le choix du Rassemblement pour le Gabon retient l’attention. Le président-fondateur, le père Paul Mba Abessole, figure historique de l’opposition gabonaise, a accepté le principe de l’alternance interne. Un geste rare, presque inédit.
Le 9ᵉ congrès ordinaire à Libreville, a permis l’élection de Rafael Edzang à la tête du parti, en remplacement de Laurent Angue Mezui. Un modèle qui consacre une nouvelle génération de dirigeants. Ce passage de relais ne s’est pas fait dans la douleur, mais dans un cadre statutaire respecté.
Pour beaucoup d’observateurs, ce choix tranche avec l’attitude d’autres leaders qui, tant qu’ils vivent, verrouillent toute perspective de succession. Le père Paul Mba Abessole, en se mettant en retrait, montre qu’un parti peut survivre à son fondateur.
Un exemple pour les autres formations ?
La question demeure. Cet exemple sera-t-il suivi ? Les dirigeants du PSD, du CLR, du PDS, du RNR, de l’UPR, de la LD, du RPM, de l’AP, d’Ensemble Pour le Gabon ou de la LDL accepteront-ils un jour de se soumettre au verdict des urnes internes ?
Pour l’heure, beaucoup ne veulent rien lâcher. Le contrôle de l’appareil est trop précieux. La tentation de garder la main, d’imposer ses proches, de verrouiller les candidatures reste forte. Dans certains cas, la transmission du pouvoir se prépare dans le cercle familial, comme si le parti relevait d’un héritage.
Le défi de la maturité démocratique
Au-delà des personnes, c’est la maturité démocratique des partis qui est en jeu. Un parti politique ne peut durablement fonctionner comme une entreprise privée ou une épicerie familiale. Il doit accepter le débat, la contradiction, et l’alternance.
S’accrocher à la présidence à vie peut donner une illusion de stabilité. Mais à long terme, cela étouffe les ambitions, décourage les talents et nourrit les frustrations. La base militante, souvent silencieuse, observe, avant d'aller voir ailleurs. Elle sait que l’avenir d’une formation dépend de sa capacité à se renouveler.
Entre symbole et révolution historique
Le 9ᵉ congrès du RPG restera certainement dans les annales. En acceptant de ne pas s’accrocher contre vents et marées, le père Paul Mba Abessole rompt avec une tradition bien ancrée. Il montre qu’il est possible de passer la main sans disparaître, d’accompagner sans dominer.
Rafael Edzang, désormais à la tête du parti, devra prouver que cette alternance n’est pas qu’un symbole. Il lui faudra rassembler, rassurer et inscrire le RPG dans une nouvelle dynamique.
Dans un paysage où tant de présidents-fondateurs considèrent leur parti comme leur chose, l’expérience du RPG ouvre une brèche. Les autres présidents-fondateurs continueront, à n'importe quel prix, à s’accrocher à leur fauteuil, persuadés que sans eux, rien n’est possible.