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DÉTROIT D’ORMUZ, WASHINGTON MISE 20 MILLIARDS POUR RELANCER LE TRAFIC ET CALMER LE PÉTROLE

DÉTROIT D’ORMUZ, WASHINGTON MISE 20 MILLIARDS POUR RELANCER LE TRAFIC ET CALMER LE PÉTROLE
Plan américain de 20 milliards pour sécuriser le détroit d’Ormuz

Les autorités américaines ont présenté vendredi un plan ambitieux visant à relancer le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, un passage stratégique entre l'Iran et Oman par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial. Face à l’inquiétude croissante des marchés et la flambée des prix du pétrole, Washington propose d’assurer les navires circulant dans la région à hauteur de 20 milliards de dollars, dans le but de protéger les coques, les machines et le fret des navires commerciaux.


Le plan, baptisé officiellement « réassurance maritime », a été dévoilé par le Trésor américain et la Société américaine de financement du développement international (DFC). Selon Ben Black, directeur du DFC, cette initiative doit permettre « au pétrole, à l’essence, au gaz naturel liquéfié, au kérosène et aux engrais de traverser le détroit d’Ormuz et de reprendre leur acheminement vers le monde entier ».


La situation dans le détroit reste fragile


Si le détroit n’est pas officiellement fermé, le trafic y est quasi-paralysé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Certains navires liés à l’Iran ont pu traverser récemment, selon des données de Bloomberg, mais la plupart des armateurs, assureurs et équipages hésitent à prendre le risque, craignant d’être attaqués.


Ces craintes sont alimentées par les récentes attaques revendiquées par les autorités iraniennes contre des pétroliers. « Tant qu'ils continueront à tirer des roquettes ou à utiliser des drones contre les navires marchands, ce sentiment d’insécurité persistera », souligne Martín Izaguirre Salgado, marin bloqué dans le Golfe, interrogé par CNN.


Le plan américain se concentre sur l’assurance contre les risques de guerre, couvrant initialement la coque, les machines et le fret des navires. Il ne garantit toutefois pas la sécurité physique des équipages en mer. En parallèle, l’administration Trump avait déjà laissé entendre que la marine américaine pourrait escorter les navires dans le Golfe, comme cela avait été fait dans les années 1980 pendant la guerre Iran-Irak. Le ministre de l’Énergie Chris Wright a précisé vendredi que cette opération pourrait être mise en place « dès que ce sera raisonnable ».


Les experts restent prudents


Malgré l’injection de capitaux, certains observateurs doutent de l’efficacité immédiate du plan. Gene Seroka, directeur du port de Los Angeles et ancien cadre d’une grande compagnie maritime, estime que « seul un cessez-le-feu pourrait vraiment rassurer les acteurs ». Il met en garde contre le risque de transformer les navires en « cibles faciles en haute mer ».


Marcus Baker, responsable mondial du maritime chez Marsh, le plus grand courtier d’assurance au monde, se montre plus nuancé. Selon lui, « l’arrivée de capitaux supplémentaires sur le marché ne peut être qu’une bonne chose pour les armateurs, car elle devrait très probablement faire baisser les prix ». Toutefois, il attend des détails sur le fonctionnement précis du mécanisme d’assurance avant de se prononcer pleinement.


Une crise énergétique mondiale en perspective


La paralysie du détroit d’Ormuz a déjà fait grimper les prix du pétrole et du gaz. La banque Goldman Sachs prévient que « les prix du pétrole dépasseraient probablement les 100 dollars la semaine prochaine si aucun signe de solution n’apparaît d’ici là ». Elle estime même que, si les flux restent limités tout au long du mois de mars, les prix pourraient dépasser les pics de 2008 et 2022, avec un baril pouvant atteindre 150 dollars.


Pour mémoire, le pic historique du prix du baril de pétrole a été atteint en juillet 2008 à 147 dollars. Une telle hausse aurait des conséquences immédiates sur les consommateurs. Lors de la crise énergétique de 2022, alors que le Brent dépassait les 120 dollars, le prix moyen d’un litre d’essence dépassait les 2 euros en France.


Le ministre de l’Énergie du Qatar a lui aussi mis en garde contre cette hausse potentielle. Selon lui, un baril à 150 dollars pourrait « mettre à genoux les économies du monde ». Les gouvernements et entreprises redoutent que la flambée des prix entraîne une inflation plus forte, freine la reprise économique mondiale et accentue les tensions sociales dans plusieurs pays.


Les objectifs américains et l’incertitude sur la guerre


Les déclarations de Donald Trump sur son réseau Truth Social ajoutent une dose d’incertitude. L’ancien président a affirmé qu’il n’y aurait « pas d’accord avec l’Iran, seulement une capitulation sans condition », laissant planer le doute sur la définition exacte des objectifs américains dans le conflit.


Le ministre de la Défense Pete Hegseth a également tempéré les attentes en précisant que « nous ne sommes qu’au début des combats ». Les analystes estiment que tant que la situation sécuritaire n’évolue pas concrètement, les mesures financières et logistiques pourraient avoir un impact limité sur le retour à la normale dans le détroit.


Les armateurs et les équipages restent prudents


Dans les ports des Émirats arabes unis, plusieurs navires commerciaux mouillent au large, incapables de traverser le détroit d’Ormuz en raison de l’insécurité. Les armateurs craignent non seulement les frappes, mais également l’exposition médiatique et les complications d’assurance qui pourraient survenir en cas d’attaque.


Pour l’instant, les engagements américains se limitent à payer les dommages si un incident survient. L’efficacité de cette approche reste donc conditionnée par la perception de sécurité des équipages et des compagnies maritimes. Sans cessez-le-feu ni négociation diplomatique concrète, le trafic pourrait rester perturbé plusieurs semaines, voire plusieurs mois, selon les experts.


Une lueur d’espoir pour le marché


Malgré les doutes, le plan américain pourrait représenter un signal positif pour les marchés pétroliers. L’assurance de 20 milliards de dollars pourrait inciter certains armateurs à reprendre le transit dans le détroit, ce qui permettrait d’atténuer la flambée des prix et de limiter les risques de pénurie énergétique.


Pour l’instant, la situation reste fragile et dépendra autant de l’évolution du conflit au Moyen-Orient que de la confiance des acteurs économiques et maritimes.  


 


 


 


 

Par Pamphil

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