DÉMOLIR, RÉNOVER OU DÉPLACER, LES MARCHÉS GABONAIS À L’ÉPREUVE DES POLITIQUES PUBLIQUES
À chaque nouvelle élection politique majeure au Gabon, les marchés, véritables poumons économiques et sociaux, se retrouvent au cœur de nouvelles annonces. Réformes ambitieuses, opérations de démolition, projets de modernisation. Les autorités successives promettent de transformer ces espaces populaires. Mais sur le terrain, entre espoir et inquiétude, les commerçants vivent souvent ces changements comme une épreuve de plus.
Des réformes aux ambitions affichées
Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics mettent en avant la nécessité de moderniser les marchés urbains. Officiellement, il s’agit d’améliorer les conditions d’hygiène, de renforcer la sécurité et de structurer un secteur largement informel. Les discours sont bien rodés et parfois mielleux. Construction d’infrastructures modernes, organisation des étals, accès facilité aux services de base.
Ces réformes s’inscrivent aussi dans une volonté politique de donner une image renouvelée des villes gabonaises. À Libreville comme dans les capitales provinciales, les marchés sont considérés comme des vitrines. Leur réhabilitation devient alors un enjeu de communication autant qu’un projet d’aménagement urbain.
Démolitions : entre nécessité et brutalité
Malgré ces ambitions, les résultats laissent à désirer. La méthode suscite de nombreuses critiques. Les opérations de démolition, souvent menées dans l’urgence, laissent peu de place à la concertation. Des commerçants installés depuis des années se retrouvent du jour au lendemain sans espace de travail.
Pour beaucoup, ces destructions sont vécues comme une rupture brutale. « On nous demande de partir sans solution concrète », déplorent certains vendeurs. Si les autorités évoquent des relogements futurs, ceux-ci tardent fréquemment à se matérialiser, plongeant des familles entières dans la précarité.
Le contraste est frappant entre les annonces officielles et la réalité du terrain. Là où l’État parle d’ordre et de modernité, les acteurs locaux dénoncent un manque d’accompagnement et une absence de dialogue.
Promesses de modernisation : entre espoir et scepticisme
À chaque nouvelle politique, les promesses refont surface. Marchés ultramodernes, espaces sécurisés, infrastructures durables. Les projets présentés suscitent un réel espoir et font pâlir d’envie. Pour les commerçants, l’idée d’exercer dans de meilleures conditions est évidemment séduisante.
Cependant, le scepticisme s’installe au fil des années. Trop de projets annoncés n’ont jamais abouti ou ont été livrés avec des retards considérables. D’autres encore se sont révélés inadaptés aux réalités du commerce local, avec des coûts de location trop élevés ou des espaces mal conçus.
Ce décalage laisse sceptique envers les nouvelles initiatives publiques. Les commerçants, principaux concernés, réclament désormais une implication réelle dans les décisions qui affectent leur activité.
Un enjeu social majeur
Au-delà des infrastructures, la question des marchés touche directement au tissu social gabonais. Ces espaces ne sont pas seulement des lieux de commerce. Ils sont des centres de vie, d’échanges et de solidarité.
Toute politique de transformation devrait donc intégrer cette dimension humaine. Moderniser sans exclure, réorganiser sans précariser. Tel est le défi auquel sont confrontées les autorités.
À l’heure où les réformes continuent de se succéder, une évidence s’impose. Sans dialogue sincère avec les acteurs de terrain, les marchés gabonais risquent de rester prisonniers d’un cycle répétitif de promesses et de désillusions.
Rénover ou déplacer
À chaque élection locale, législative ou présidentielle, près de 70 % des marchés urbains sont concernés par des projets. L’État promet jusqu’à 60 % d’amélioration des conditions sanitaires, mais moins de 35 % des chantiers aboutissent dans les délais. Les démolitions affectent environ 45 % des commerçants, dont 50 % ne sont pas relogés immédiatement. Malgré des budgets en hausse de 30 %, seuls 40 % des vendeurs jugent les nouveaux espaces accessibles. Résultat. Près de 65 % expriment leur scepticisme face aux réformes, illustrant un décalage persistant entre ambitions politiques et réalités économiques.