MAIRES DE LIBREVILLE : L'OMBRE DE LA CORRUPTION PLANE-T-ELLE SUR LEUR GESTION ?
Les maires de Libreville : condamnés à l’Ivresse de la corruption ?
Les maires de Libreville sont-ils condamnés à tremper dans la corruption ? En effet, à l’exception d’un nombre restreint de figures qui ont réussi à naviguer sans vagues, un maire sur trois a été accusé, arrêté ou démissionné à cause de diverses affaires de détournement de fonds.
Léandre Nzué : Des accusations de corruption
L’exemple de Léandre Nzué, maire de Libreville, illustre à lui seul la gravité du phénomène. Nommé maire en 2014, Nzué, membre influent du Parti Démocratique Gabonais (PDG), a vu son parcours politique brutalement interrompu en 2020, après son arrestation pour des faits de détournement de fonds publics, blanchiment d’argent, extorsion de fonds, et chantage. La gestion des finances de la municipalité sous son règne a été mise en cause dans une enquête menée par la Direction générale des contre-ingérences et de la sécurité militaire (DGCISM).
Placée en détention préventive, son incarcération a précipité la fin de son mandat. L’affaire a fait grand bruit, et Nzué a été inculpé de plusieurs chefs d’accusation. C’est ainsi qu’un homme autrefois respecté est devenu l’emblème des dérives financières au sein des collectivités locales. Si certains défenseurs du maire accusent une véritable cabale politique, il est indéniable que son arrestation a mis en exergue la fragilité des institutions locales face à la corruption.
Eugène Mba : Une démission forcée
Autre maire dont l'histoire est marquée par des soupçons de malversations. Eugène Mba, élu en 2021. Moins de six mois après sa prise de fonction, il démissionnait sous la pression des accusations de détournement de 338 millions de FCFA pour des travaux de curage de caniveaux jamais réalisés. Bien qu’il ait fermement nié les accusations, qualifiant l’affaire de "cabale politique", son départ a été précipité.
La démission de Eugène Mba n’a pas été uniquement le fruit d’une enquête judiciaire, mais aussi du climat de tension politique, notamment avec les autorités du gouvernorat de l’Estuaire. Son départ a alimenté les débats sur la gouvernance et la gestion des fonds publics, mais a aussi révélé la fragilité des élus locaux face aux pressions extérieures.
Jean-François Ntoutoume Emane : L’affaire du Grand marché de Libreville
Jean-François Ntoutoume Emane, ancien maire de Libreville (2008-2014), figure également parmi les personnalités politiques les plus controversées. En 2021, la Cour d’appel de Paris a reconnu l’existence d’un pacte corruptif entre lui et le groupe maltais Webcor, responsable de la construction du Grand Marché de Libreville. Il a été prouvé que la société Webcor avait financé le luxueux voyage de noces de Ntoutoume Emane en échange de faveurs fiscales et douanières.
Bien qu'il ait toujours nié toute malversation, l’affaire a éclaboussé son image et entaché son héritage politique. Le scandale a eu des répercussions au-delà des frontières gabonaises, avec la justice française annulant un arbitrage qui obligeait le Gabon à verser 67 milliards de FCFA de dédommagements à Webcor. L’affaire n’a cependant pas donné lieu à une condamnation pénale à l’encontre de l’ex-maire, car le dossier d’accusation était un peu léger.
Le Cas de Lambert Noël Matha : Des accusations, mais un non-lieu
En 2023, après le coup de libération qui a secoué le pays, Lambert Noël Matha, ancien ministre de l'Intérieur et maire par intérim de Libreville, a fait l'objet d’accusations pour détournement de fonds publics et corruption, notamment dans l’affaire Averda, liée à un contrat de ramassage des ordures. Toutefois, après deux ans de résidence surveillée, la justice gabonaise a prononcé un non-lieu en sa faveur en septembre 2025, le blanchissant de toutes les accusations. Cette décision a soulevé des interrogations sur l’indépendance de la justice gabonaise et la manière dont certaines affaires peuvent être classées sans suite.
La gouvernance actuelle : Entre accusations et réformes
Plus récemment, Christine Mba Ndutume, élue en 2021, a pris les rênes de la mairie de Libreville, succédant à Eugène Mba. Bien que son mandat n'ait pas été marqué par des accusations de corruption, elle n'a pas échappé à des critiques liées à la gestion de la capitale. L’insalubrité persistante, les grèves récurrentes des agents municipaux et des accusations de clientélisme ont terni son image. Cependant, ses efforts pour s’affranchir des scandales financiers des mandats précédents ont été salués par certains observateurs.
Dans le même temps, Pierre Matthieu Obame Etoughe, le maire démissionnaire de 2026, a lui aussi été victime de graves accusations liées à sa gestion financière. Son mandat fut l’un des plus courts de l’histoire de la mairie de Libreville, marqué par des controverses sur la gestion des marchés municipaux et des soupçons de népotisme. Son départ, précipité par des accusations de gestion opaque et de corruption, illustre un système municipal encore gangrené par des pratiques douteuses. Mais Pierre Matthieu Obame Etoughe a nié ces accusations. Selon certaines sources, il y a eu une cabale politique contre lui.
Quelques maires en dehors du scandale
Cependant, tous les maires de Libreville ne sont pas associés à des affaires de corruption. Le cas de Serge Williams Akassaga Okinda, par exemple, témoigne d’une gestion plus rigoureuse. Son intérim en 2020, bien qu'ayant eu lieu dans un contexte délicat, notamment après l’incarcération de Léandre Nzué, a été salué pour sa tentative de redresser les finances de la municipalité. Même si ses efforts ont été limités par la crise sanitaire et les grèves du personnel municipal, il a mis en place des mesures strictes de contrôle des finances et un recensement rigoureux des agents municipaux pour lutter contre les irrégularités.
La corruption, une affaire systémique ?
L’histoire des maires de Libreville semble se résumer à une succession de scandales, de démissions et de procès. La corruption, souvent considérée comme une conséquence inévitable du système politique et administratif, est un moyen de s’enrichir rapidement au Gabon et d’assurer le futur de sa progéniture et de ses épouses. Pourtant, la majorité des maires de Libreville n’ont jamais été accusés formellement de corruption. Mais la réalité est plus complexe. La structure même de la gouvernance locale, marquée par une forte centralisation du pouvoir et une gestion opaque des ressources publiques, laisse la porte ouverte à toutes sortes de dérives.
Les maires de Libreville condamnés à la corruption ?
Il serait réducteur de dire que tous les maires de Libreville sont condamnés à la corruption. Si certains, comme Léandre Nzué, Eugène Mba et Jean-François Ntoutoume Emane, ont été pris dans les filets de la malversation, d’autres, à l’instar de Serge Williams Akassaga Okinda, ont tenté de redresser la barre sans se laisser entraîner dans le tourbillon de la corruption.
Concernant André Dieudonné Berre (maire de 2003 à 2007) et Alexandre Ayo Barro (maire de 2007 à 2008), les registres publics et les sources historiques ne mentionnent pas de condamnations ou d'affaires de corruption les ayant visés durant leurs mandats respectifs.
Toutefois, dans un contexte où les scandales financiers se multiplient, il est difficile de ne pas voir la corruption comme un mal structurel, ancré dans le fonctionnement même de la municipalité de Libreville et non dans celui des individus