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UNE CLASSE D’HOMMES D’AFFAIRES

UNE CLASSE D’HOMMES D’AFFAIRES
Gabon : comment faire émerger une élite de grands capitalistes nationaux ?

Le Gabon peut-il enfin voir émerger une véritable race de capitaines d’industrie et de grands capitalistes autochtones ? La question n'est plus taboue. Elle est devenue le cœur battant du débat économique national. Pendant des décennies, notre pays a regardé passer les trains de sa propre richesse, confortablement assis sur une économie de rente qui profitait avant tout aux multinationales et à une poignée d'initiés. Mais le vent tourne. Pour que le Gabonais ne soit plus un simple spectateur de son économie, une transformation radicale s'impose.


Rompre avec le piège de l’or noir et de la rente brute


Pendant un demi-siècle, le Gabon a vécu au rythme des fluctuations du cours du baril de pétrole et du manganèse. Cette économie extravertie a enrichi des comptoirs, pas des entrepreneurs locaux. Pour bâtir une véritable classe d’hommes d'affaires gabonaise, la clé réside dans la transformation locale. L'exemple de la Zone d'investissement spéciale (ZIS) de Nkok montre la voie. C'est en transformant notre bois et nos ressources sur notre sol que nos opérateurs capteront enfin la valeur ajoutée qui leur échappe.


Imposer la préférence nationale comme dogme économique


Soyons réalistes. Face aux géants industriels étrangers, le patriotisme économique n'est pas un luxe, c'est une nécessité. L'émergence de champions nationaux exige une volonté politique forte. L'État doit utiliser le levier de la commande publique et réserver des pans entiers de la sous-traitance industrielle aux entreprises à capitaux gabonais. Sans cette discrimination positive, nos entrepreneurs resteront confinés aux seconds rôles.


Briser le plafond de verre du financement bancaire


C'est le nerf de la guerre. Le système bancaire classique, trop frileux, tourne le dos aux PME locales en exigeant des garanties démesurées. Devenir capitaliste exige du capital. Il est urgent de structurer des mécanismes de capital-investissement et de s'appuyer sur des leviers comme la Société financière internationale (SFI) ou des banques publiques de développement repensées. Sans un accès fluide au crédit, le génie entrepreneurial gabonais restera lettre morte.


Conquérir les nouveaux territoires de la croissance


Le capitalisme gabonais de demain ne doit pas regarder vers le passé. Les fortunes de l'avenir se construiront dans l'agrobusiness, l'économie numérique, la transition écologique et l'écotourisme. En investissant ces secteurs stratégiques encore en friche, les opérateurs locaux ont l'opportunité de prendre une longueur d'avance et de bâtir des empires financiers déconnectés des fluctuations pétrolières.


Activer le puissant levier de la diaspora


Le Gabon dispose d'une force sous-estimée. Sa diaspora. Formés dans les meilleures écoles mondiales, aguerris aux méthodes managériales occidentales ou asiatiques, ces Gabonais de l'extérieur disposent souvent de capitaux et de réseaux. Créer des ponts pour faciliter leur retour et leur investissement permettra d'injecter une culture de la performance et de favoriser les transferts de technologies indispensables à nos entreprises.


Assainir le climat pour tuer la « république des rentiers »


Il n'y aura pas de grands capitalistes sans une moralisation profonde de notre environnement des affaires. Pendant trop longtemps, la réussite a dépendu des décrets et des proximités politiques. Pour que de vrais patrons émergent, le mérite, l'innovation et la prise de risque doivent remplacer le copinage. La lutte contre la corruption et la transparence des marchés sont les seules garanties d'une concurrence saine.


Penser au-delà des frontières : le défi de la ZLECAf


Avec un marché national d'à peine plus de deux millions d'habitants, nos ambitions entrepreneuriales seraient vite étouffées. Les futurs milliardaires gabonais doivent concevoir leurs entreprises à l'échelle régionale. L'intégration de la CEMAC et l'ouverture de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) représentent un terrain de jeu d'un milliard de consommateurs. C'est là que se joueront les destins de nos géants industriels.


Forger l’élite de demain dès les bancs de l’école


On ne naît pas grand capitaine d'industrie, on le devient. L'émergence de cette nouvelle race d'hommes d'affaires nécessite un accompagnement institutionnel fort dès la base. Des structures comme l'ANPI-Gabon doivent être renforcées pour multiplier les incubateurs, financer les start-ups et former la jeunesse à la culture du risque et de la haute finance. L'éducation entrepreneuriale est le terreau de notre souveraineté future.


 




Par Pamphil

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