CAMEROUN : UN MILITAIRE A PARTICIPÉ AU MEURTRE D’UN JOURNALISTE POUR SEULEMENT 100 000 FCFA
Pour 100 000 francs CFA moins de 160 euros , un sous-officier de l’armée camerounaise aurait accepté de quitter sa garnison, de filer un journaliste, de participer à son enlèvement, d’assister à sa torture et d’en filmer les images. C’est ce que révèlent les procès-verbaux versés au dossier du Tribunal militaire de Yaoundé dans l’affaire Martinez Zogo.
Un soldat, une mission, un crime
Clément Ebo’o Mfoulou, adjudant-chef affecté à Guider dans la région du Nord, menait jusque-là un parcours administratif ordinaire. Selon les pièces du dossier judiciaire, il aurait été recruté par le lieutenant-colonel Danwe pour rejoindre Yaoundé et intégrer un commando chargé d’une « mission spéciale ». Son rôle y était central ,coordonner la filature de Martinez Zogo, directeur de la chaîne Amplitude FM, et organiser son enlèvement.
Les procès-verbaux d’audition indiquent qu’il aurait été présent lors des séances de torture infligées au journaliste, qu’il en aurait filmé les scènes sur son téléphone avant de supprimer les vidéos. Ce geste filmer puis effacer est interprété par l’accusation comme un indice de préméditation et de conscience criminelle.
Une chaîne de commandement au banc des accusés
Le cas d’Ebo’o Mfoulou s’inscrit dans une architecture criminelle plus large, progressivement mise au jour par l’instruction judiciaire. Au sommet figure le lieutenant-colonel Danwe, identifié comme l’organisateur du commando. En dessous, plusieurs militaires et agents auraient été recrutés pour des rôles spécifiques,filature, enlèvement, séquestration, torture.
Ce que l’affaire révèle, au-delà des faits eux-mêmes, c’est la banalisation de l’obéissance criminelle des hommes en uniforme qui exécutent des ordres illégaux sans apparemment y opposer de résistance. La question de la responsabilité individuelle face à la hiérarchie est au cœur des débats du procès.
Un procès historique, un verdict attendu
Arrêté dès les premiers jours de l’enquête ouverte après la découverte du corps de Martinez Zogo en janvier 2023, Clément Ebo’o Mfoulou est aujourd’hui détenu dans l’attente du verdict. Ce procès est suivi de près par Reporters Sans Frontières, la Fédération internationale des journalistes et plusieurs associations camerounaises de défense de la presse. Il constitue l’un des rares cas en Afrique subsaharienne où des membres des forces de sécurité sont poursuivis devant une juridiction nationale pour le meurtre d’un journaliste.
Le verdict, quelle qu’en soit l’issue, constituera un signal fort sur la capacité ,ou les limites ,de la justice camerounaise à traiter un crime d’État sans concession.
Note : Les procès-verbaux versés au dossier représentent la version de l’accusation. La présomption d’innocence s’applique jusqu’au prononcé du jugement.