KINSHASA L'OPPOSITION CONTRE UN 3E MANDAT
Au cœur de la contestation, une partie de l'opposition accuse le pouvoir de vouloir modifier les équilibres institutionnels établis par la Constitution de 2006. Une accusation que les autorités rejettent, affirmant que toute réforme éventuelle répondrait à des impératifs de gouvernance et de stabilité.
Une mobilisation sous haute surveillance
Dès les premières heures de la matinée, les abords du Palais du Peuple ont été placés sous haute surveillance. Des unités de police, appuyées par des dispositifs antiémeutes, avaient été déployées afin de sécuriser le secteur.
Malgré les recommandations du gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, qui avait proposé un autre site de rassemblement, les organisateurs ont maintenu leur volonté de tenir un sit-in devant le siège du Parlement.
Autour de Martin Fayulu, Delly Sesanga, Moïse Katumbi, Matata Ponyo et Jean-Marc Kabund, les militants ont convergé vers le boulevard Triomphal dans une atmosphère déjà marquée par une forte hausse de tension politique.
Une manifestation émaillée d'incidents
Très rapidement, la situation a dégénéré. Des échauffourées ont éclaté entre des sympathisants de l'opposition et des membres de la Force du Progrès, un mouvement réputé proche du pouvoir.
Jets de projectiles, mouvements de foule et altercations ont transformé plusieurs artères de la capitale en zones de confrontation. Selon plusieurs témoignages, la police est ensuite intervenue pour disperser les manifestants qui tentaient de progresser vers l'esplanade du Palais du Peuple.
Des tirs ont été signalés lors de l'opération de dispersion. Plusieurs personnes auraient été blessées dans les incidents.
Martin Fayulu blessé lors des affrontements
L'événement qui a particulièrement retenu l'attention concerne la blessure de Martin Fayulu. Des images largement diffusées sur les réseaux sociaux montrent le leader de l'opposition avec le visage ensanglanté, le tee-shirt tâché de rouge, entouré de ses proches avant son évacuation.
L'opposition parle d'une blessure grave tandis que les autorités évoquent un « traumatisme facial » sans pronostic vital engagé.
Pour de nombreux observateurs, ces images pourraient constituer la goutte d'eau qui a débordé le vase dans un contexte politique déjà en ébullition.
Le spectre du troisième mandat met le feu aux poudres
À l'origine de cette mobilisation figure une déclaration du président Félix Tshisekedi prononcée lors d'une conférence de presse le 6 mai dernier.
« Je n’en ai pas sollicité, mais si le peuple veut que j’ai un 3e mandat, je l’accepterai »
avait affirmé le chef de l'État.
Cette sortie a immédiatement mis le feu aux poudres au sein de l'opposition. Les adversaires du pouvoir y voient une menace potentielle pour l'esprit de la Constitution actuelle. Ils accusent le régime de vouloir "tordre le cou à la démocratie" et de chercher à "mettre sous l'éteignoir" les acquis démocratiques obtenus au prix de longues luttes politiques.
Le gouvernement rejette fermement ces critiques et estime que ses opposants "tirent à boulets rouges" sur l'exécutif dans le seul but de créer une polémique politique.
Une résistance farouche de l'opposition
Derrière les affrontements de rue se joue désormais une bataille politique majeure. Longtemps divisés, plusieurs leaders de l'opposition affichent aujourd'hui une résistance farouche contre toute modification qu'ils jugent contraire à la Constitution.
L'ancien président Joseph Kabila a lui-même apporté son soutien à la coalition C64. Dans une déclaration remarquée, il a dénoncé un
« complot contre la Nation, la République et la démocratie ».
Alors que le calme semblait progressivement revenir en fin de journée autour du Palais du Peuple, une certitude demeure. La crise politique congolaise entre dans une nouvelle phase.