ANGES KEVIN NZIGOU (FDS) : « LE PRÉSIDENT A EU RAISON D’ASSUMER UN DISCOURS DE VÉRITÉ »
Monsieur le Président, le Chef de l’État a récemment prononcé un discours devant les deux chambres du Parlement réunies en congrès. En votre qualité de président du FDS, quelle lecture faites-vous de ce discours ? Quels en sont, selon vous, les points saillants, et quelles sont vos réserves éventuelles ?
Anges Kevin Nzigou (FDS) : Merci pour votre question. Le discours prononcé par le Chef de l’État constitue, à nos yeux, un moment politique important. Même s’il a été présenté comme un discours sur l’état de la nation, il a également eu la portée d’un bilan d’étape et, sur plusieurs points, d’une déclaration de politique générale. Le Président a voulu donner de la lisibilité à son action et répondre à certaines attentes de la population. Sur le fond, nous retenons surtout sa volonté de répondre à des préoccupations très concrètes des populations, notamment celles qui touchent à l’eau et à l’électricité, deux sujets au cœur du quotidien des citoyens.
Sur ces questions, il faut avoir le courage de dire que les difficultés actuelles ne sont pas nées hier. Elles s’inscrivent dans des déséquilibres anciens, dans des sous-investissements prolongés, dans des choix de gestion accumulés sur plusieurs années, et parfois dans des retards structurels que le pays paie aujourd’hui. C’est précisément pour cela qu’il faut saluer la franchise consistant à dire aux populations que la résolution ne sera ni instantanée ni magique. Quand les problèmes sont anciens et profonds, les solutions demandent du temps, de la méthode et de la persévérance. Mais le plus important, c’est que la dynamique de résolution soit enclenchée, et c’est ce que nous retenons.
Nous pensons également que le Président a eu raison d’assumer un discours de vérité plutôt qu’un discours d’illusion. Dire à la population que tout ne peut pas être réglé immédiatement, tout en montrant que des réponses sont en cours de construction, relève d’une démarche courageuse et responsable. Les attentes sont légitimes, les insuffisances sont réelles, mais elles doivent être comprises dans leur profondeur historique pour être traitées efficacement.
Notre réserve, en revanche, porte sur le choix de celles et ceux qui seront chargés de traduire ces intentions en actes. L’expérience du pays montre que des responsables ayant participé au désordre, à l’inefficacité ou à l’immobilisme ne sont pas toujours les mieux placés pour porter une rupture crédible. Par le passé, il y avait aussi de beaux discours, de grandes promesses et des annonces rassurantes, mais les résultats n’étaient pas au rendez-vous. C’est pourquoi la réussite des engagements présidentiels dépendra beaucoup de la qualité, de la crédibilité et de la loyauté des hommes et des femmes appelés à les mettre en œuvre.
Au-delà de ce discours, comment analysez-vous la situation politique actuelle du pays ? Quel regard le FDS porte-t-il sur les grandes tendances qui caractérisent l’environnement politique national en ce moment ?
Anges Kevin Nzigou (FDS) : Sur la situation politique actuelle, le FDS estime que le pays entre dans une phase de recomposition qui exige sérieux, responsabilité et lucidité. Les citoyens attendent des résultats, mais ils attendent aussi un changement profond dans les méthodes de gouvernance. L’environnement politique est marqué par une exigence plus forte de cohérence, de transparence et d’efficacité.
Le FDS observe que les populations veulent tourner la page des pratiques qui ont longtemps alimenté la défiance, l’immobilisme et les promesses sans lendemain. Cela signifie que la classe politique doit désormais s’évaluer à l’aune de sa capacité à produire du concret, à apaiser le débat public et à répondre aux urgences nationales. Dans ce contexte, le rôle des partis politiques n’est pas d’entretenir la confusion, mais d’accompagner la construction d’un espace démocratique plus stable et plus crédible.
Nous pensons donc que la situation politique appelle moins des postures que des solutions, moins de bruit que d’efficacité, et davantage d’esprit de responsabilité. Le FDS se situe dans cette logique.
Enfin, Monsieur le Président, une nouvelle loi sur les partis politiques est en voie d’application. Le FDS est-il en mesure de répondre aux exigences qu’elle impose ? Quelles sont vos dispositions en la matière, et avez-vous des observations à formuler sur le contenu de ce texte ?
Anges Kevin Nzigou (FDS) : S’agissant de la nouvelle loi sur les partis politiques, le FDS est en conformité avec les exigences qui nous sont aujourd’hui imposées. Nous avons des élus, un siège, un compte bancaire et une comptabilité régulière. Nous remplissons donc les conditions essentielles qui traduisent l’existence sérieuse et organisée d’une formation politique.
Le FDS est un parti socialiste, et l’un des piliers de sa doctrine est la liberté. C’est pourquoi nous pensons qu’il ne faut pas compliquer inutilement la création et la vie des partis politiques. Nous ne gagnerions rien à rendre l’accès à l’existence politique plus difficile dans un pays libéré. Personne ne comprendrait qu’il soit aujourd’hui plus difficile de créer un parti politique dans un pays libre qu’il ne l’était sous l’oppression du système Bongo-PDG. Cela n’aurait ni logique politique ni cohérence historique.
En revanche, il serait juste de mettre en place un cadre de partis représentatifs. Autrement dit, un parti peut exister juridiquement, mais pour être pleinement consulté, pour participer utilement à la vie institutionnelle et pour interagir avec l’État, il doit remplir certaines conditions de représentativité, notamment disposer d’une base militante réelle et d’élus. Un parti qui n’a ni militants ni élus peut exister, mais son existence ne saurait produire les mêmes effets politiques qu’un parti structuré, implanté et représentatif. Il est donc plus juste de distinguer l’existence formelle d’un parti de sa capacité réelle à être opposable et utile dans le fonctionnement démocratique.
Cette approche serait plus équilibrée, plus démocratique et plus conforme à l’esprit de liberté qui doit guider la refondation politique du pays.