CAMEROUN : LE POUVOIR APPARTIENT-IL ENCORE AU PEUPLE ?
La question de la souveraineté populaire au Cameroun est au cœur d'un débat national intense, alors que les récents bouleversements politiques interrogent les fondements mêmes de sa démocratie. Entre réformes constitutionnelles unilatérales, reports de scrutins et contestations judiciaires, le sentiment d'une confiscation du pouvoir par les élites grandit au sein de la population.
La révision constitutionnelle de 2026
Le paysage institutionnel camerounais a été profondément bouleversé par l'adoption, en avril 2026, d'une révision de la Constitution majeure. Votée par le Parlement à une écrasante majorité, cette réforme a réintroduit le poste de vice-président, octroyant au chef de l'État le droit exclusif de nommer son successeur direct. Pour l'opposition, qui a massivement boycotté le vote, ce texte verrouille de manière définitive la succession au sommet de l'État sans passer par la sanction des urnes, dépouillant le peuple de son droit fondamental à choisir son dirigeant.
Les reports successifs des élections
L'expression de la volonté populaire se trouve également freinée par un calendrier électoral de plus en plus incertain. Juste avant la réforme constitutionnelle, les députés ont voté la prolongation de leur propre mandat, repoussant les élections législatives et municipales. Ces reports successifs, officiellement attribués à des contraintes budgétaires et organisationnelles, affaiblissent la légitimité des élus. La société civile y voit une stratégie délibérée du RDPC pour geler le jeu politique et maintenir le statu quo.
La crise post-présidentielle et ses détenus
Les vagues de contestation nées des derniers scrutins majeurs continuent de jeter une ombre sur l'espace démocratique. Les arrestations massives de militants d'opposition et les procès intentés devant le tribunal militaire illustrent une criminalisation croissante de la dissidence politique. En restreignant le droit de manifester et de contester pacifiquement les résultats officiels, le système envoie un signal dissuasif : la rue ne saurait être un contre-pouvoir, restreignant ainsi les canaux d'expression du peuple.
La judiciarisation internationale du scrutin
Face à des institutions nationales perçues comme partiales, le combat pour la transparence s'est déplacé hors des frontières. Le dépôt de plaintes pénales par des figures de l'opposition auprès du tribunal judiciaire de Paris témoigne d'une rupture de confiance profonde envers la justice locale. Cette internationalisation du contentieux politique démontre que pour une partie des citoyens et de la classe politique, les recours internes ne suffisent plus à garantir l'expression de la vérité des urnes.
La longévité au pouvoir
Le Cameroun offre le spectacle d'une longévité politique exceptionnelle, marquée par plus de quatre décennies de règne ininterrompu du même exécutif. Dans ce contexte de multipartisme de façade, l'alternance politique reste une perspective lointaine. La concentration absolue des ressources de l'État entre les mains du parti au pouvoir empêche l'émergence d'une concurrence loyale, transformant le vote populaire en une formalité administrative plutôt qu'en un véritable outil de changement.
La fracture entre la classe politique et la population
Enfin, le fossé ne cesse de se creuser entre les préoccupations de l'élite dirigeante, focalisée sur la transition au sommet, et le quotidien des Camerounais. Confrontée à la vie chère, au chômage et au manque d'infrastructures de base, la population exprime son mécontentement sur les réseaux sociaux et dans l'espace public. Cette déconnexion renforce l'idée que le pouvoir fonctionne en vase clos, hermétique aux souffrances et aux aspirations réelles du peuple qu'il est censé représenter.