ULTIMATUM ANTI-IMMIGRATION : TENSIONS MAXIMALES
Après plusieurs semaines de tensions ayant déjà coûté la vie à quatre personnes et provoqué le déplacement d'environ 25 000 migrants, principalement originaires du Malawi, le gouvernement sud-africain est mobilisé pour empêcher que la situation ne dégénère davantage.
Un pays suspendu à l'évolution des événements
Depuis plusieurs jours, une même interrogation revient dans toutes les conversations. Que va-t-il se passer après l'expiration de cet ultimatum ?
Dans les rues, la prudence est devenue le maître-mot. De nombreux habitants ont préféré modifier leurs habitudes, éviter certains quartiers ou repousser leurs déplacements. Chauffeurs de taxi, commerçants, salariés et étudiants observent la situation avec inquiétude.
L'incertitude alimente toutes les spéculations. Certains pensent que le dispositif sécuritaire exceptionnel permettra d'éviter les violences. D'autres redoutent au contraire une flambée incontrôlable d'affrontements.
Les affiches diffusées par certaines organisations anti-immigration, notamment le mouvement March and March, illustrent cette tension. Si elles précisent que les armes sont interdites durant les manifestations, elles appellent également à poursuivre la mobilisation « jusqu'à la victoire », un slogan qui nourrit les inquiétudes des communautés étrangères.
Le spectre des violences de 2021
Le gouvernement sud-africain ne veut surtout pas revivre le traumatisme des émeutes de juillet 2021.
À cette époque, les manifestations déclenchées après l'incarcération de l'ancien président Jacob Zuma avaient rapidement dégénéré en pillages massifs et affrontements meurtriers. Plus de 350 personnes avaient perdu la vie, laissant un souvenir encore très vif dans les mémoires.
Cette fois, les autorités affirment avoir tiré les leçons du passé.
Des milliers de policiers ont été déployés dans les principales agglomérations du pays, avec une concentration particulière autour de Johannesburg et de Durban, considérées comme les principaux foyers de mobilisation.
L'armée reste également en état d'alerte et pourrait intervenir si les forces de police venaient à être débordées.
Un impressionnant dispositif de sécurité
Pour prévenir tout débordement, le gouvernement a mis en place un dispositif de surveillance inédit.
Aux côtés des forces de police nationales, plusieurs sociétés privées de sécurité participent aux opérations. Les autorités disposent également d'un important réseau de vidéosurveillance destiné à suivre en temps réel les mouvements des manifestants.
Des hélicoptères survolent les principales villes afin d'assurer une observation permanente des rassemblements et de permettre une intervention rapide en cas de violences.
L'objectif affiché est d'empêcher que les manifestations ne se transforment en expéditions punitives contre les populations étrangères.
Les migrants vivent dans l'angoisse
Pour les milliers d'immigrés installés en Afrique du Sud, cette journée représente une véritable épreuve psychologique.
Dans plusieurs quartiers commerçants de Durban, les boutiques tenues par des étrangers sont restées portes closes. Les commerçants préfèrent renoncer à une journée de revenus plutôt que d'exposer leurs familles et leurs employés à d'éventuelles attaques.
Même ceux disposant de titres de séjour parfaitement en règle redoutent les contrôles d'identité improvisés par certains groupes de manifestants.
Au fil des précédentes mobilisations, plusieurs étrangers ont rapporté avoir été contraints de présenter leurs documents dans la rue sous la menace d'insultes, voire d'agressions physiques.
Dans ce contexte, chacun tente de limiter ses déplacements en attendant que la tension retombe.
Des milliers de Malawites sur le chemin du retour
La crise actuelle provoque également un important mouvement de départs volontaires.
Selon les autorités, près de 25 000 personnes ont quitté le pays ces dernières semaines. La majorité est composée de ressortissants malawites qui ont préféré regagner leur pays d'origine plutôt que de vivre dans la peur permanente.
À Durban, un vaste centre de rapatriement volontaire avait été installé sur un ancien parking afin d'accueillir les candidats au retour.
Face aux risques sécuritaires liés aux manifestations, ce site a finalement été déplacé à près de mille kilomètres plus au nord afin d'éloigner les migrants des principaux foyers de tension.
Cette décision vise à protéger les familles en attente de leur rapatriement.
« Nous n'avons plus peur de mourir »
Pour ceux qui restent, l'inquiétude atteint parfois un niveau extrême.
Depuis plus d'un mois, plusieurs dizaines de réfugiés vivent devant les bureaux du ministère sud-africain de l'Intérieur dans l'espoir d'obtenir une protection.
Le pasteur Raphael Bahebwa, qui supervise ce campement de fortune, résume le désespoir de nombreux migrants.
Selon lui, beaucoup n'ont désormais plus peur de mourir. Ils espèrent simplement que, si un drame devait survenir, le monde entier prendra conscience de leur situation et comprendra qu'ils séjournaient légalement en Afrique du Sud.
Ces témoignages illustrent la profonde détresse de populations qui se sentent abandonnées malgré les promesses de protection formulées par les autorités.
Entre enracinement économique et rejet social
Pourtant, une grande partie des immigrés ne souhaite pas quitter l'Afrique du Sud.
Nombre d'entre eux vivent dans le pays depuis plusieurs décennies. Ils y ont créé leurs commerces, investi leurs économies, fondé une famille et participé au développement de l'économie locale.
C'est notamment le cas de nombreux Sénégalais, Éthiopiens, Somaliens, Congolais, Mozambicains ou Zimbabwéens qui constituent une part importante du tissu commercial dans plusieurs villes sud-africaines.
Mais cette présence continue d'alimenter certaines frustrations sociales.
Le chômage élevé, les inégalités persistantes et la pauvreté poussent une partie de la population à considérer les étrangers comme des concurrents directs sur le marché de l'emploi ou dans les activités commerciales.
Les spécialistes rappellent pourtant que ces tensions trouvent principalement leur origine dans les difficultés économiques structurelles du pays plutôt que dans la présence des migrants.
Une journée décisive pour la stabilité du pays
À l'heure où expire cet ultimatum controversé, l'Afrique du Sud retient son souffle.
Le gouvernement espère que l'imposant dispositif sécuritaire permettra d'éviter une nouvelle flambée de violences, tandis que les communautés étrangères attendent avec anxiété de voir si cette journée marquera un simple épisode de tension ou le début d'une nouvelle crise xénophobe.
Au-delà des événements immédiats, cette situation remet une nouvelle fois en lumière les profondes fractures sociales qui traversent la première puissance industrielle du continent. Elle rappelle surtout qu'en période de difficultés économiques, les migrants deviennent trop souvent les premières victimes des frustrations d'une société en quête de réponses.