SCISSION DE LA SEEG, UNE RÉPONSE À LA CRISE OU UN PARI RISQUÉ?
Après plus de sept décennies de gestion intégrée de l'eau et de l'électricité, la Société d'énergie et d'eau du Gabon (SEEG) s'apprête à disparaître sous sa forme actuelle. À compter du 1er janvier 2027, deux nouvelles entités publiques, la Gabonaise des Eaux et Électricité du Gabon prendront le relais. Présentée par le gouvernement comme une réponse à une crise financière devenue insoutenable, cette réforme soulève une interrogation majeure : cette restructuration permettra-t-elle enfin d'améliorer durablement les services rendus aux populations ?
Une situation financière devenue intenable
La décision des autorités s'appuie sur la certification des comptes de la SEEG pour la période 2019-2024. Les états financiers, validés avec de nombreuses réserves, dressent le portrait d'une entreprise confrontée à une dégradation progressive de sa santé économique.
Si le chiffre d'affaires est resté globalement stable, les charges financières, elles, ont fortement augmenté, traduisant un recours de plus en plus important à l'endettement. Selon le gouvernement, ces emprunts ne servaient plus à financer les investissements nécessaires à la modernisation des réseaux, mais à couvrir les pertes d'exploitation, signe d'un modèle économique arrivé à ses limites.
La fin d'un modèle vieux de 76 ans
Face à cette situation, l'État a choisi de rompre avec un modèle qui réunissait, depuis 76 ans, la gestion de l'eau potable et de l'électricité au sein d'une même entreprise.
La création de La Gabonaise des Eaux et d'Électricité du Gabon répond à une logique de spécialisation. L'objectif affiché est de permettre à chaque société de se consacrer pleinement à son activité, de renforcer sa gouvernance et de mieux orienter les investissements vers les besoins spécifiques de chaque secteur.
Cette restructuration s'inscrit également dans le respect des dispositions de l'Acte uniforme OHADA, qui prévoit une réorganisation lorsqu'une société voit ses capitaux propres durablement affectés par les pertes.
Une transition qui reste semée d'embûches
Si la réforme est engagée, sa réussite dépendra de la manière dont sera conduite la transition. Le gouvernement a mis en place un comité de pilotage chargé de superviser cette étape durant six mois.
La répartition des personnels, le transfert des activités, la migration des systèmes informatiques, la gestion des dettes et les négociations avec les créanciers figurent parmi les principaux défis. Les autorités souhaitent également éviter que les difficultés financières de la SEEG ne fragilisent les deux futures sociétés dès leur création.
Par ailleurs, le projet devra encore obtenir l'approbation des actionnaires conformément aux règles fixées par le droit OHADA.
Le pari de restaurer la confiance des usagers
Au-delà de l'aspect financier, cette réforme vise à répondre à une crise de confiance installée depuis plusieurs années entre la SEEG et les consommateurs.
Les coupures récurrentes d'eau et d'électricité, les insuffisances des infrastructures, les difficultés d'accès aux services ainsi que les phénomènes de fraude, de piratage des compteurs et de vols de câbles ont progressivement dégradé l'image de l'opérateur.
La création de deux entreprises spécialisées pourrait améliorer la gouvernance et rendre les responsabilités plus claires. Toutefois, les attentes des usagers dépassent largement le cadre institutionnel : ils espèrent avant tout une amélioration tangible de la qualité du service.
Une réforme qui sera jugée sur ses résultats
La scission de la SEEG constitue l'une des plus importantes réformes des services publics gabonais de ces dernières décennies. Si le gouvernement estime qu'elle était devenue inévitable au regard de la situation financière de l'entreprise, son succès ne sera pas mesuré à la seule création de deux nouvelles sociétés.
Le véritable test commencera le 1er janvier 2027. La capacité de La Gabonaise des Eaux et d'Électricité du Gabon à assurer un approvisionnement plus fiable, à investir dans les infrastructures et à restaurer la confiance des usagers déterminera si cette réforme historique représente une véritable solution à la crise ou un pari dont les résultats restent encore à démontrer.