REGARDS CROISÉS ENTRE LA FRANCE ET LE GABON
Les musulmans en France sont presque exclusivement immigrés ou descendants d'immigrés et au Gabon qu'en est il ? L’analyse sociologique des religions révèle des dynamiques migratoires et démographiques profondément différentes d'un continent à l'autre. En France, la présence de l'islam est historiquement indissociable des flux migratoires contemporains. Au Gabon, pays d'Afrique centrale, la structure de la communauté musulmane présente une configuration distincte, combinant immigration et conversions locales.
France : un islam issu de l'immigration
En France, la construction de la communauté musulmane s'est opérée par vagues successives liées à l'histoire coloniale et économique du pays. Les projections statistiques estiment que la population de confession musulmane représente entre 7 % et 9 % de la population totale.
Cette présence est presque exclusivement composée de personnes immigrées ou de descendants d'immigrés. La majorité des musulmans de France provient d’Afrique du Nord (Algérie, Maroc, Tunisie) ainsi que d’Afrique subsaharienne et de Turquie. Les conversions de citoyens français sans ascendance migratoire récente demeurent marginales à l'échelle de cette communauté.
Gabon : une minorité portée par la géopolitique et les conversions
Au Gabon, la réalité de l'islam s'inscrit dans un paysage spirituel dominé à plus de 76 % par le christianisme. Selon les rapports du site basés sur le dernier recensement général, ainsi que les données démographiques, les musulmans représentent désormais 11,2 % de la population globale, soit environ 276 225 personnes.
La sociologie de cet islam gabonais se divise en deux blocs distincts
Une majorité d'origine étrangère. Les estimations de indiquent qu'entre 80 % et 90 % des pratiquants de l'islam au Gabon sont des ressortissants étrangers. Ces fidèles proviennent principalement de l'immigration de travail d'Afrique de l'Ouest et de la sous-région.
Une élite et des convertis locaux. Contrairement à la France, l’islam gabonais a bénéficié d'une impulsion politique majeure. La conversion en 1973 de l'ancien chef de l’État, Omar Bongo Ondimba, a popularisé cette religion auprès des populations autochtones. Aujourd'hui, une part notable de l'élite civile et militaire gabonaise est musulmane.
Bien que minoritaire dans les deux nations, l'islam en France repose sur une base démographique issue des générations nées de l’immigration, tandis qu'au Gabon, il juxtapose une forte main-d'œuvre immigrée et une communauté de citoyens gabonais convertis, ancrée au sommet de l'appareil d'État.
Au Gabon comme commerçants dès les années 1890
En rappel, les Haoussa du Gabon sont historiquement originaires surtout du Niger et du nord du Nigeria, avec des liens également avec le Cameroun et le Tchad. Arrivés au Gabon principalement comme commerçants dès les années 1890, ils sont aujourd’hui présents dans plusieurs provinces. En 2015, la troisième génération a été naturalisée et officiellement reconnue comme « Haoussa gabonais ». Ils sont donc, des Gabonais à part entière. Leur nombre est estimé à environ 19 000, soit moins de 1 % de la population. Ils vivent notamment dans le Woleu-Ntem, l’Ogooué-Ivindo, l’Estuaire, le Moyen-Ogooué et l’Ogooué-Lolo et dans toutes les autres régions du Gabon. La majorité est musulmane, mais l’identité haoussa et la religion musulmane ne sont pas strictement synonymes.