GOUFFRE FISCAL GABONAIS
Un manque à gagner préoccupant pour l'État
Les avantages fiscaux accordés aux entreprises pèsent lourdement sur les ressources budgétaires du Gabon. Dans son rapport, la Banque Africaine de Développement (BAD) attire particulièrement l'attention sur la multiplication des dérogations fiscales, dont bénéficieraient notamment les grandes sociétés et les multinationales.
Pour l'institution financière, la révision de ces mécanismes constitue un levier important pour améliorer les recettes publiques. Elle préconise notamment de mieux encadrer les exonérations, de réduire les prélèvements parafiscaux et d'élargir le nombre de contribuables soumis à l'impôt. Une stratégie qui permettrait à l'État de mobiliser davantage de ressources sans nécessairement augmenter les taux d'imposition.
Des recettes fiscales en hausse, mais insuffisantes
Malgré ces pertes, les recettes fiscales gabonaises ont enregistré une progression notable. Entre 2015 et 2024, elles ont augmenté de 64 %, notamment grâce à la hausse de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), dont les recettes ont bondi de 108 %, ainsi qu'aux performances de la fiscalité pétrolière.
En 2024, l'impôt sur les sociétés représentait 36,6 % des recettes fiscales, avec une contribution de 20,4 % provenant du secteur pétrolier. Toutefois, cette amélioration des rentrées fiscales reste confrontée à l'ampleur des allègements consentis aux entreprises, qui réduisent les possibilités de financement de l'État.
La dette accentue la pression budgétaire
Face à cette situation, les autorités gabonaises ont engagé un réexamen des avantages fiscaux. La suspension provisoire de nouvelles exonérations et l'audit des dispositifs existants figurent parmi les mesures déjà entreprises.
Cette démarche intervient dans un contexte financier particulièrement contraignant. En 2025, le déficit budgétaire a atteint 5,3 % du PIB, contre 3,8 % en 2024. Parallèlement, le paiement des intérêts de la dette a représenté près de 3,4 % du PIB.
La BAD réclame une réforme fiscale
Pour renforcer les finances publiques, la BAD recommande également d'améliorer le recouvrement de la TVA, de mieux contrôler les déclarations fiscales et de lutter contre les manquements aux obligations fiscales.
Désormais, l'enjeu consiste à évaluer précisément les retombées économiques des exonérations. Avec plus de 1 000 milliards de FCFA de recettes potentielles abandonnées en quatre ans, le Gabon est confronté à une question essentielle. Les avantages accordés aux entreprises génèrent-ils suffisamment d'investissements et d'emplois pour justifier leur coût pour le Trésor public ?