ÉLECTIONS REPORTÉES
Une élection qui n’est pas prête
La conclusion est désormais difficile à contourner. Après une rencontre avec le président de transition, le général Horta N’Tam, le chef du gouvernement a dressé un constat sans ambiguïté. Le processus électoral n’est pas suffisamment avancé pour respecter l’échéance du 6 décembre.
Le problème n’est pas seulement politique. Il est aussi juridique, administratif et organisationnel. Selon Ilídio Vieira Té, plusieurs formations politiques n’ont pas renouvelé leurs instances dirigeantes, certaines étant même arrivées au terme de leur mandat. Les étapes nécessaires à la présentation des candidatures et à la préparation du scrutin n’ont donc pas été accomplies.
La première vice-présidente de la Commission électorale nationale, Felisberta Moura Vaz, a tenu un discours similaire. Elle a indiqué que les conditions nécessaires à l’organisation des élections à la date prévue n’étaient pas réunies. Interrogée sur un éventuel report, elle s’est toutefois gardée de l’annoncer officiellement, estimant qu’il appartenait au président de transition de prendre cette décision.
Le report n’est donc pas encore formellement acté. Mais il apparaît désormais comme l’hypothèse vers laquelle le pays se dirige.
Le calendrier militaire à l’épreuve du réel
Lorsque les militaires ont pris le pouvoir le 26 novembre 2025, ils avaient suspendu le processus électoral alors que le pays attendait les résultats de la présidentielle et des législatives du 23 novembre. Ils avaient ensuite promis une transition devant déboucher sur le rétablissement de l’ordre constitutionnel et le retour des civils aux affaires.
Le scrutin du 6 décembre 2026 devait précisément matérialiser cette promesse. Son éventuel report risque donc de prolonger une situation que les autorités militaires présentaient initialement comme temporaire.
La question devient dès lors celle de la durée de la transition. Plus le calendrier électoral s’éloigne, plus le pouvoir militaire conserve la maîtrise des institutions, de l’agenda politique et des conditions dans lesquelles une future consultation pourrait être organisée.
Cette perspective intervient dans un contexte particulièrement mouvant. La junte a récemment interdit le retour de l'ancien président Umaro Sissoco Embaló, qui avait annoncé son intention de rentrer au pays le 4 octobre et de se présenter à la prochaine présidentielle. Les autorités militaires ont justifié cette interdiction par des considérations de sécurité nationale et de maintien de l’ordre public.
Embaló, l’autre dossier explosif
Le cas d’Umaro Sissoco Embaló illustre la complexité de la situation. L’ancien président avait annoncé fin septembre son retour en Guinée-Bissau ainsi que sa candidature à la présidentielle. Il avait appelé à un retour placé sous le signe de la tolérance et de la stabilité. Mais l’armée en a décidé autrement. Quelques jours avant son retour annoncé, le commandement militaire a estimé que les conditions de sécurité n’étaient pas réunies pour permettre son entrée sur le territoire. Les restrictions sur les rassemblements et activités politiques restent également en vigueur dans le cadre de la transition.
Cette décision intervient alors que le pouvoir militaire cherche officiellement à préparer un retour à la normalité institutionnelle. Elle montre surtout combien le processus demeure sous le contrôle étroit de la hiérarchie militaire.
Une recomposition politique sous surveillance
Depuis plusieurs semaines, la recomposition du pouvoir s’accélère. Le général Horta N’Tam a entrepris de réorganiser certains secteurs de l’appareil d’État et de la sécurité. Cette évolution s’est accompagnée du remplacement de responsables gouvernementaux et d’un resserrement de l’emprise de l’autorité militaire sur le fonctionnement politique du pays.
La situation est d’autant plus sensible que la Guinée-Bissau reste marquée par une longue histoire d’instabilité institutionnelle et d’interventions de l’armée dans la vie politique.
Le pouvoir de transition affirme vouloir restaurer l’ordre et préparer les conditions d’un retour aux institutions civiles. Mais chaque nouvelle décision repoussant ou encadrant la compétition politique nourrit inévitablement les interrogations sur la trajectoire réelle de la transition.
La transition risque-t-elle de s’éterniser ?
Le report des élections, s’il est officiellement confirmé, ouvrira une nouvelle période d’incertitude. Les autorités militaires peuvent invoquer des raisons techniques, juridiques ou sécuritaires pour expliquer le décalage. Ces arguments devront toutefois être confrontés à la durée de la transition et à la clarté du nouveau calendrier.
Une autre question commence déjà à affleurer dans le débat. A force d’exercer le pouvoir, les autorités de transition pourraient-elles finir par prendre goût à leur position et chercher à prolonger leur présence aux commandes ? Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’elles ont cette intention. Mais le maintien du contrôle militaire, le report annoncé du scrutin et la réorganisation progressive de l’appareil d’État alimentent cette inquiétude.