APAISER LE MARCHÉ
Des commerçantes dénoncent des démolitions controversées
Selon les vendeuses, les premières pressions remonteraient à plusieurs mois. Elles affirment avoir régulièrement entendu que les décisions prises concernant leurs emplacements découlaient d'instructions venues des plus hautes sphères de l'État, ce qui les aurait empêchées de faire entendre leurs revendications.
« Depuis que cette affaire du Libanais a commencé, cela remonte, si je ne me trompe pas, au mois de mai. On nous explique que le Libanais est là et que les instructions viennent d'en haut. Quand on vous tient ce genre de discours, vous vous retrouvez dans une position où il devient difficile de protester ou de réclamer vos droits »
raconte une commerçante au micro d'un confrère.
Une autre vendeuse décrit les événements qui auraient précédé les démolitions. D'après son témoignage, Bachir Ayoub aurait d'abord occupé deux box avant d'entreprendre des travaux sur d'autres emplacements, notamment ceux utilisés par les épouses des commerçants.
« À son arrivée au marché CTRI, nous lui avons réservé un bon accueil. Il avait pris les deux premiers box, mais par la suite, il s'est déplacé vers les emplacements des épouses et a commencé à casser sans notre autorisation. Lorsque nous lui avons demandé pourquoi il procédait ainsi, il nous a répondu que les instructions venaient d'en haut »
explique-t-elle.
Des responsabilités contestées
D'après certaines informations rapportées dans ce dossier, Bachir Ayoub et des personnes présumées impliquées dans cette opération auraient fait procéder à la destruction de plusieurs étals, en affirmant agir sur instruction de la présidence de la République.
Une autre commerçante apporte cependant des précisions sur les personnes qui auraient évoqué ces directives. Elle affirme que les vendeuses faisaient notamment référence au directeur général adjoint, Moukambi.
« Les femmes parlaient du directeur général adjoint, Moukambi, et non de moi. Elles expliquaient que c'était lui qui venait régulièrement leur dire que les instructions venaient d'en haut pour les différents travaux à effectuer »
précise un autre intervenant
Bachir Ayoub reconnaît des torts et promet un geste
Face aux accusations, l'homme d'affaires a finalement exprimé ses regrets. Dans une démarche de réconciliation, il a présenté ses excuses aux Gabonais, tout en annonçant son intention d'apporter un soutien concret aux commerçantes affectées par cette situation.
« Je présente mes excuses à tous les Gabonais, parce que cette affaire concerne l'ensemble du pays. Le Gabon m'a beaucoup apporté et j'ai beaucoup d'affection pour ce pays. Je ne veux certainement pas lui faire du mal. Je souhaite faire un geste en faveur de ces femmes, voir avec elles ce dont elles ont besoin et leur apporter mon aide. Je voudrais que mon pardon se traduise aussi par des actes, afin que les gens ne gardent pas une image négative de moi »
a reconnu Bachir Ayoub.
Une affaire désormais entre les mains de la justice
Pour rappel, le marché CTRI d'Oloumi a été construit et inauguré sous l'impulsion du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Cette infrastructure répondait notamment à la volonté d'améliorer les conditions d'exercice des commerçants en leur offrant un cadre de travail moderne, décent et sécurisé.
Les agissements dénoncés dans cette affaire interrogent désormais sur le respect de la vocation initiale de cet espace commercial. Bachir Ayoub et Jean-Aimé Moto Okoué devront apporter leurs explications devant le procureur de la République au sujet des faits qui leur sont reprochés, selon le confrère.