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CHINE ARME SAHEL

CHINE ARME SAHEL
La Chine renforce son influence militaire et technologique en Afrique.








La Chine renforce son influence militaire en Afrique, surtout au Mali et au Burkina Faso. Longtemps considérée comme un partenaire économique privilégié du continent africain, la Chine élargit progressivement son influence à un autre domaine stratégique. La défense. Des armes légères aux drones armés, en passant par les véhicules blindés, les missiles, les radars et les systèmes de défense antiaérienne, Pékin propose désormais aux armées africaines des équipements militaires de plus en plus sophistiqués. Le Mali et le Burkina Faso figurent parmi les pays concernés par cette nouvelle attraction. A travers cette présence grandissante se dessine une ambition plus étendue. Faire de l'Afrique un espace de coopération militaire, un marché stratégique et un terrain d'apprentissage opérationnel pour l'armée chinoise.



De la vente d'armes classiques aux équipements de haute technologie



La coopération militaire entre la Chine et les pays africains n'est pas nouvelle. Pendant plusieurs décennies, Pékin a principalement commercialisé des armes conventionnelles, notamment des fusils, des munitions, des véhicules militaires et des équipements destinés aux forces terrestres. Mais cette offre a progressivement évolué, suivant les transformations technologiques des conflits contemporains et les nouveaux besoins exprimés par les armées du continent.



Aujourd'hui, la gamme des équipements proposés s'étend à des matériels beaucoup plus complexes. Drones armés, missiles, radars de surveillance, systèmes de défense antiaérienne et technologies de guerre électronique. Cette diversification traduit une volonté de Pékin de se positionner sur l'ensemble de la chaîne des capacités militaires, et non plus uniquement sur la fourniture d'armes classiques.



Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La présence chinoise dans le secteur de la défense africaine ne se limite plus à quelques contrats commerciaux. Elle s'inscrit progressivement dans une stratégie d'influence qui associe ventes d'équipements, coopération technique, formation et relations institutionnelles.



Le Sahel, un espace stratégique pour Pékin



Le Mali et le Burkina Faso occupent une place particulière dans cette évolution. Ces deux pays, confrontés à une situation sécuritaire complexe, cherchent à diversifier leurs partenaires militaires et à renforcer les capacités de leurs forces armées.



Le retrait progressif des forces françaises du Sahel a profondément modifié les équilibres régionaux. Dans le même temps, les restrictions américaines sur certaines coopérations militaires et l'engagement de la Russie dans la guerre en Ukraine ont contribué à redessiner le paysage des partenariats de défense.



Dans ce contexte, la Chine dispose d'une marge de progression importante. Elle peut proposer des équipements, des solutions technologiques et des partenariats qui répondent aux besoins de plusieurs gouvernements africains désireux de diversifier leurs fournisseurs.



Au Burkina Faso, la présence de matériels chinois, notamment dans le domaine des missiles, illustre cette évolution. Au Mali, les systèmes de défense antiaérienne témoignent également de la montée en gamme des équipements recherchés. La Côte d'Ivoire figure, elle aussi, parmi les pays cités dans cette dynamique, avec des drones armés évoqués dans les informations relatives à la présence militaire chinoise sur le continent.



Cette progression ne signifie toutefois pas que Pékin contrôle les choix stratégiques des États concernés. Les gouvernements africains conservent leurs propres priorités et arbitrages en matière de défense.






L'Afrique, un marché que Pékin entend conquérir



L'intérêt chinois pour le continent ne repose pas uniquement sur les besoins sécuritaires des États. Il s'appuie également sur des considérations économiques et géopolitiques. Avec ses ressources naturelles, ses marchés en expansion et ses infrastructures stratégiques, l'Afrique représente un espace particulièrement convoité par les grandes puissances.



Pour Pékin, développer les exportations d'armements permet de consolider son carnet d'adresses diplomatique, de fidéliser des partenaires et de renforcer sa présence dans des régions où les puissances occidentales ont longtemps occupé une position dominante.



Cette stratégie peut faire mouche auprès des gouvernements africains confrontés à des difficultés d'approvisionnement ou désireux de disposer de matériels militaires diversifiés. Les équipements chinois présentent notamment l'intérêt de compléter les arsenaux existants, à condition que les pays acquéreurs puissent assurer leur entretien, leur maintenance et la formation des personnels chargés de leur utilisation.



La Chine dispose par ailleurs d'une industrie de défense qui a considérablement évolué au cours des dernières années. Ses fabricants proposent désormais des systèmes technologiques couvrant plusieurs domaines militaires. Cette montée en puissance lui permet de concurrencer des fournisseurs historiquement implantés sur le continent.


Le prix, un argument commercial qui séduit les armées africaines


Le coût d'acquisition constitue l'un des principaux arguments commerciaux de l'industrie militaire chinoise. Selon une étude de Bruegel publiée en 2024, le char chinois Type 99A était estimé à environ 2,3 millions d'euros, contre 9,2 millions pour un Leopard 2A6 allemand, soit près de quatre fois plus cher. Dans l'aviation, l'écart est également significatif. Le chasseur chinois J-10 est estimé entre 40 et 50 millions de dollars, contre 100 à 120 millions pour un Rafale français. Cette différence de prix séduit les pays africains, dont les budgets militaires sont souvent limités. Elle leur permet d'envisager le renouvellement de leurs équipements à moindre coût, même si la maintenance, la formation et les pièces de rechange doivent également entrer dans le calcul



Djibouti, la pièce maîtresse du dispositif militaire chinois



La stratégie chinoise en Afrique ne se limite cependant pas au commerce des armes. Elle comporte également une dimension opérationnelle et logistique particulièrement importante.



L'ouverture, en 2017, de la première base militaire chinoise à l'étranger, à Djibouti, constitue une étape majeure de cette implantation. Située à proximité de l'une des principales routes maritimes mondiales, cette installation offre à Pékin un point d'appui pour ses opérations navales, ses missions de soutien et la protection de ses intérêts dans la région.



Cette présence permet également à l'armée chinoise de multiplier les exercices, les déploiements et les activités de coopération avec différents partenaires. L'objectif consiste notamment à développer son expérience des opérations éloignées du territoire national.



La protection des investissements chinois, des infrastructures économiques et des ressortissants présents sur le continent figure également parmi les préoccupations stratégiques de Pékin.



À mesure que ses intérêts économiques se développent, la Chine entend donc disposer des moyens nécessaires pour les sécuriser. Elle ne souhaite pas lésiner sur les moyens lorsqu'il s'agit de renforcer ses capacités de projection et de consolider son dispositif extérieur.



L'Égypte, un laboratoire pour tester les capacités aériennes chinoises



L'une des illustrations les plus significatives de cette ambition concerne l'entraînement aérien. En Égypte, six chasseurs chinois ont parcouru environ 6 000 kilomètres pour participer à des exercices face à des Rafale de fabrication française.



Cette confrontation constitue une occasion particulière pour les forces aériennes chinoises de mettre leurs appareils à l'épreuve dans un environnement international, face à des équipements occidentaux réputés pour leurs performances.



Au-delà de la démonstration technologique, ce type d'exercice permet de travailler l'interopérabilité, d'évaluer les capacités opérationnelles et de familiariser les équipages avec des environnements militaires différents.



Pour Pékin, l'enjeu est également de démontrer que son aviation militaire peut intervenir loin de ses frontières. L'armée chinoise cherche ainsi à fourbir ses armes et à acquérir une expérience opérationnelle indispensable à ses ambitions internationales.



L'Afrique devient progressivement un espace où cette montée en puissance peut être observée et éprouvée.



Une concurrence géopolitique appelée à s'intensifier



La progression chinoise intervient dans un contexte de recomposition des alliances militaires africaines. La Russie, la Turquie, les États-Unis et plusieurs puissances européennes cherchent également à préserver ou à développer leurs partenariats avec les États du continent.



La Chine entend profiter de cette concurrence sans nécessairement reprendre les méthodes d'intervention directe utilisées par certaines puissances étrangères. Son approche repose notamment sur les relations économiques, les contrats d'équipements, les échanges institutionnels et les partenariats de formation.



Cette présence ne signifie pas pour autant que les pays africains soient à la solde de Pékin ou systématiquement aux ordres de ses intérêts stratégiques. Les États concernés poursuivent leurs propres objectifs et cherchent, pour beaucoup, à préserver leur autonomie dans le choix de leurs partenaires.



Toutefois, cette diversification comporte des défis. La dépendance technologique, les coûts de maintenance, l'accès aux pièces de rechange et la formation des militaires constituent autant de questions auxquelles les gouvernements devront répondre.



Un équipement sophistiqué ne garantit pas, à lui seul, une meilleure efficacité opérationnelle. Encore faut-il disposer de personnels qualifiés, d'une chaîne logistique fiable et de moyens financiers suffisants pour assurer son fonctionnement dans la durée.



Pékin veut s'imposer durablement dans le paysage sécuritaire africain



La montée en puissance militaire chinoise en Afrique marque une évolution importante des relations entre Pékin et le continent. D'un fournisseur traditionnel d'armes conventionnelles, la Chine cherche désormais à devenir un partenaire proposant des solutions de défense plus complètes.



Son implantation à Djibouti, ses exercices militaires en Égypte et ses ventes d'équipements à plusieurs pays africains illustrent cette ambition.



Dans un environnement international où les rapports de force évoluent rapidement, Pékin entend reprendre du poil de la bête face aux puissances occidentales et consolider ses positions. La traînée de poudre de cette stratégie pourrait se faire sentir dans plusieurs régions du continent, à mesure que de nouveaux contrats seront conclus.



Les États africains sauront-ils tirer pleinement profit de cette concurrence sans brader leur autonomie stratégique ni compromettre leurs équilibres financiers ?



Le continent est désormais au cœur d'une compétition internationale où les intérêts commerciaux, diplomatiques et militaires sont étroitement liés.







Par Pamphil

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