LE PRINCIPAL SUSPECT DANS LA MORT DE DINA ACQUITTÉ
Cette décision, qui laisse la famille de la victime profondément désemparée, interroge sur la manière dont la justice turque a traité ce dossier.
Le verdict, susceptible d'appel, a été accueilli par le père de Dina, Guy Serge Ibounaga, avec une immense amertume. « Nous sommes effondrés, sans justice, sans explication. Dina n'est pas morte seule, elle a été assassinée ! » a-t-il déclaré, venu de Libreville pour assister au procès. L'affaire, initialement entourée d'une enquête bâclée et d'un manque criant de transparence, continue de nourrir des soupçons.
Alors que des images de vidéosurveillance montraient la jeune étudiante en compagnie du suspect quelques heures avant sa mort, l'autopsie initiale avait conclu à une mort naturelle par noyade, malgré des ecchymoses suspectes. L'insistance de la famille, soutenue par l'ambassade du Gabon et des avocats, pour une contre-expertise, souligne les zones d'ombre qui persistent.
La mère de Dina, Jessica Sandra Makemba Panga, évoque un traitement inéquitable, pointant du doigt un éventuel racisme et un manque d'enquêtes approfondies. « Ils nous ont promis justice, mais la façon dont cette affaire a été gérée est inacceptable. Pourquoi cette lenteur, pourquoi ces omissions ? », s'interroge-t-elle avec amertume. Elle met en avant des témoignages et des preuves d'un harcèlement et de violences qui auraient précédé la mort de sa fille.
Les avocats de la famille soulignent les pistes inexplorées, notamment les événements qui se sont déroulés dans l'immeuble où Dina habitait juste avant sa disparition. Des témoins affirment l'avoir vue retenue contre son gré dans le sous-sol. L'existence d'un éventuel réseau de prostitution dans la région n'a pas été suffisamment enquêtée, selon les avocats.
L'acquittement du suspect interroge également la protection des femmes migrantes en Turquie. Me Gülyeter Aktepe, avocate de la famille, met en lumière le risque d'impunité face aux violences sexuelles et au harcèlement, notamment pour les femmes migrantes. « Ce procès a une portée nationale, et plus largement internationale. La confiance de beaucoup d'hommes de la rue pourrait être renforcée par le verdict. »
L'affaire Dina soulève ainsi une question fondamentale : la justice turque a-t-elle véritablement cherché à établir la vérité, ou a-t-elle privilégié un acquittement préjudiciable pour la mémoire de la jeune étudiante et pour la protection des femmes migrantes en Turquie ? La décision d'appel, soutenue par la plateforme Les féministes pour Dina, pourrait-elle permettre que justice soit rendue ?