INONDATIONS À OWENDO-SETRAG : DES HABITANTS ACCABLÉS PAR LA MONTÉE DES EAUX
Dans l'obscurité de la nuit du 30 au 31 mars 2025 un phénomène dévastateur a frappé cette commune de la périphérie de Libreville, submergeant quelques points des axes routiers et des maisons. En quelques heures, des torrents d'eau ont envahi le quartier d'Owendo-Setrag, entraînant dans leur sillage des biens matériels, des souvenirs précieux et des documents administratifs essentiels. Ce matin-là, les habitants se sont réveillés les pieds dans l'eau, contraints de faire face à un nouveau chapitre de leur quotidien fait de désespoir et de colère.
"Ce n’est pas parce que les Blancs sont venus que vous voulez nous faire souffrir aujourd’hui"
lance, désabusée, une habitante du quartier. Ce cri de frustration résume l'état d'esprit général, celui de populations qui se sentent abandonnées et ignorées par les autorités.
Les inondations ont frappé tôt ce matin-là. Dès 3h du matin, les eaux ont envahi les rues, rendant les canaux plusieurs axes secondaires impraticables. Vanessa Ntsame, l'une des sinistrées, raconte comment sa petite fille de 5 ans a failli être emportée par les eaux si elle ne s'était pas réveillée à temps.
"Voilà, ma fille de 5 ans, à 5h, je l'ai trouvée dans l'eau. Si je ne m’étais pas réveillée, j’aurais dû écouter une autre histoire"
déclare-t-elle, les yeux embués de larmes.
D’autres, comme Angue Mezui, décrivent la bataille pour sauver ce qu’ils peuvent.
"Ce matin, nous sommes inondés, mais j’ai essayé de sauver certaines choses. J’ai mis des objets en hauteur, mais d'autres sont mouillés. À la cuisine, tout est inondé, même les congélateurs. Les enfants sont là-bas. Vous pouvez aller filmer, tout le monde est dans l'eau"
Les pertes sont considérables : des biens matériels aux documents administratifs, rien n’a été épargné par les eaux dévastatrices. Ces scènes de désolation sont partout, des habitations aux rues, et la détresse des habitants est palpable.
Sylvie, une autre victime des inondations, exprime son désespoir :
"Mais voilà, encore là, le congélateur qu’il a payé, malgré tout, est là. Il était chez le voisin, mais l’eau est rentrée dedans. Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, comment les Gabonais peuvent-ils souffrir ainsi devant vous ?"

Les pertes matérielles et administratives sont considérables. Alain Mba, représentant des populations de la zone d’Owendo-Setrag, dénonce les causes de ces inondations, remontant à plusieurs années de négligence. Selon lui, la construction d’un barrage par une entreprise locale et l’incivisme des habitants ont empiré la situation.
"Les sociétés qui se sont implantées dans les environs ont empiété sur les rives des rivières en érigeant des barrières de soutènement, ce qui fait que, lorsque la pluie arrive, l'eau est bloquée et renvoyée dans les quartiers, inondant tout sur son passage"
explique-t-il.
Ce phénomène, qui dure depuis six ans, semble avoir été ignoré des autorités municipales et gouvernementales, malgré les alertes répétées des résidents. Alors que l’élection présidentielle approche à grands pas, les habitants d'Owendo lancent un appel désespéré à l'État.
"Nous demandons au Chef de l'État, qui est également candidat à sa réélection, de prendre des mesures concrètes pour résoudre ce problème. Les élections approchent, le 12 avril est à nos portes, mais ici, nous vivons dans l’eau, sous des conditions indignes de citoyens gabonais"
déclare un autre porte-parole de la communauté.