PARI
La Présidence de la République a levé le voile, hier, sur la composition du tout premier gouvernement de la Cinquième République. Si plusieurs figures ont été confirmées, quatre femmes ministres ont été maintenues… mais changent de portefeuilles. Une stratégie qui tente de conjuguer compétence, réajustement, et gestion des équilibres politiques. À y regarder de près, entre les promotions déguisées et les passations à haut risque, certaines affectations laissent déjà transparaître des zones de turbulence.
Camélia Ntoutoume Leclercq : le fief de l’Éducation conservé, la complexité en prime
Ministre d’État, un rang unique au féminin dans cette équipe, Camélia Ntoutoume Leclercq conserve l’Éducation nationale, avec un périmètre élargi à l’Instruction civique et à la Formation professionnelle. « Elle a un titre foncier à l’Éducation nationale », glissent certains à Libreville, saluant une maîtrise du portefeuille presque organique. Pourtant, le nouvel attelage est tout sauf un confort de travail : la formation professionnelle tourne au ralenti, les centres sont en grève, les enseignants en attente de salaires, et les étudiants, privés de bourses, ont fondu en larmes devant des campus paralysés.
La ministre, respectée pour ses méthodes rigoureuses mais encore à ses premiers balbutiements sur le terrain social, devra affronter un climat délétère. La nomination laisse un goût amer à certains acteurs du secteur, persuadés que sans refonte structurelle, ce ministère pourrait vite redevenir un terrain miné. Les craintes sont fondées.
Laurence Ndong : de la communication à la mer, mais la voix du gouvernement reste la sienne
Contestée mais indéboulonnable, Laurence Ndong quitte la Communication pour prendre en main le ministère de la Mer, de la Pêche et de l’Économie bleue, tout en redevenant porte-parole du gouvernement. Laurence Ndong résiste face aux vents contraires et semble avoir la confiance du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui ne tient pas compte du ras-le-bol exprimé contre elle sur les réseaux sociaux.
En interne, ses performances sont saluées. Elle a su mettre en œuvre la feuille de route qui lui a été confiée, et le bond du Gabon de 15 places au classement de Reporters sans frontières (RSF) n’est pas passé inaperçu à l’international. La reconduction de Laurence Ndong, montre que ll’efficacité prime sur les polémiques.
Pr Marcelle Ibinga épouse Itsitsa : une montée en responsabilité, mais un ministère redouté
Elle a été saluée pour sa gestion apaisée de l’enseignement supérieur, face à des syndicats historiquement virulents. À peine nommée en janvier dernier, Pr Marcelle Ibinga Itsitsa quitte déjà ce ministère pour la Fonction publique et le Renforcement des capacités. Si certains y voient une promotion, les initiés savent que le poste est redouté.
Ses deux prédécesseurs ont quitté les bureaux du centre-ville de Libreville sans gloire. Ce portefeuille, à la réputation d’aspirateur à ambitions, est plombé par des dossiers sensibles : agents fantômes, plans de carrière inexistants, gestion ressources humaines de la main d'œuvre non permanente opaque. Les incertitudes pèsent sur la capacité de la professeure à redresser une administration en perte de repères. Sa rigueur suffira-t-elle ? Rien de bien alléchant dans cette mission qui a fait reculer plus d’un.
Dr Armande Longo Moulengui : de l’ombre à la lumière ?
Enfin, Armande Longo Moulengui passe de la Culture, un ministère à la visibilité faible, aux Sports, à la Jeunesse et à la Vie associative. Un portefeuille explosif, où la pression médiatique est permanente. La transition est rude : elle devra désormais composer avec les tensions autour de l’équipe nationale de football, les attentes de la jeunesse, les clubs et les fédérations sportives en crise et des artistes qui dénoncent l’usurpation de leurs droits.
Jusqu’ici discrète, Dr Armande Longo Moulengui entre dans un monde où tout faux pas se paie cash. Beaucoup s’interrogent : tiendra-t-elle le choc ?