LES BANQUES
Le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a scellé le 17 juillet 2025 un accord industriel majeur avec le groupe français Eramet, représenté par son directeur général Paulo Castellari, lors d’une cérémonie au Palais présidentiel d’Oyem, dans la province du Woleu-Ntem. Cet engagement s’inscrit dans une stratégie de souveraineté économique, centrée sur la transformation locale du manganèse.
L’accord comprend six engagements structurants, dont l’un des plus décisifs est la domiciliation des ventes de minerai sur des comptes bancaires gabonais. Une mesure sans précédent qui amorce un renouveau dans la gouvernance du secteur minier national.
Les bénéfices majeurs pour le Gabon
Ce dispositif devrait produire trois effets clés pour le Gabon. D’abord, il permettra une transparence accrue et une traçabilité plus fine des revenus issus de l’exploitation du manganèse, facilitant ainsi une gestion budgétaire plus rigoureuse. Ensuite, en limitant l’évasion fiscale, il renforcera les capacités financières de l’État en augmentant les recettes issues des taxes et redevances, au profit des services publics. Enfin, cette réorientation des flux financiers vers le territoire national affirme la volonté du pays de réduire sa dépendance vis-à-vis des circuits bancaires étrangers, en particulier français.
Ce que perd la France
Pour la France, traditionnellement influente dans le secteur extractif gabonais, l’accord sonne comme un revers. Elle perd un levier stratégique sur la gestion des revenus miniers, voit son influence économique reculer, et ses banques, notamment, se trouvent privées d'une part significative des flux liés à l’exportation du manganèse.
« Lorsque les ventes du minerai étaient versées sur des comptes à l’étranger, notamment en France, le Gabon perdait un contrôle essentiel sur ses flux financiers. Cela facilitait l’évasion fiscale, limitait la capacité de l’État à imposer efficacement les sociétés minières, et retardait l’entrée des devises dans le circuit économique national. Je dirai que les bénéfices générés sur le sol gabonais échappaient au pays. Cette situation nuisait à la trésorerie publique, affaiblissait la monnaie locale et empêchait le financement direct de projets sociaux ou d’infrastructures. La domiciliation locale est donc une mesure de souveraineté économique indispensable »
analyse économiste, expert des ressources extractives.
À travers cette signature, le Gabon amorce un rééquilibrage de ses partenariats économiques, avec en ligne de mire un contrôle accru de ses ressources naturelles et un ancrage plus fort de la richesse produite sur son sol.