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L’ARTICLE 64

L’ARTICLE 64
Le torchon brûle au sommet du Parti Démocratique Gabonais (PDG), alors que plane une menace : Hermann Immongault, ministre de l’Intérieur, activera-t-il l’article 64 de la nouvelle loi sur les partis politiques ?

Le torchon brûle au sommet du Parti Démocratique Gabonais (PDG), alors que plane une menace : Hermann Immongault, ministre de l’Intérieur, activera-t-il l’article 64 de la nouvelle loi sur les partis politiques ? Cet article permet, rappelons-le, la suspension d’un parti en cas de bicéphalisme. Mais la question mérite mieux qu’un emballement : le PDG est-il réellement confronté à une dualité de commandement, ou assiste-t-on à une manœuvre politique sans fondement juridique ? En droit, le bicéphalisme suppose deux directions rivales, chacune s’appuyant de manière crédible sur les statuts du parti. Ce n’est pas le cas ici, estiment les partisans d'Ali Akbar Onanga Y'Obegue. D’un côté : une direction légitime, statutairement menée par Ali Bongo Ondimba, qui n’a jamais renoncé à sa fonction de président, mais qui a installé la vacance de pouvoir depuis plus de deux ans en raison de sa santé vacillante. De l’autre : un directoire né d’un coup de force le 7 mars 2024, dont les agissements relèvent moins du droit que d’une pieuvre politique sans ancrage légal, et dont le congrès du 30 janvier 2025, organisé dans la précipitation, a tout de même réuni le gotha du parti. Des sympathisants et des militants de base issus des 9 provinces du Gabon ont également pris d'assaut les lieux du congrès. La partie adverse menée par Ali Bongo Ondimba n’a pas réuni jusqu’à l’heure actuelle grand monde.  Qualifier cette situation de bicéphalisme revient à tordre le cou à la vérité estime le camp d’Ali Akbar Onanga Y’Obegue. Il s’agit bien plutôt d’une tentative d’usurpation orchestrée avec la complicité d’acteurs en délicatesse avec la loi. Et si le ministère venait à mettre en quarantaine le PDG en s’appuyant sur cet artifice, il tomberait lui-même dans les mailles du filet juridique, clament les détracteurs du camp porté par Blaise Louembe. 


“Ali Bongo Ondimba, affaibli par un AVC, n’a pu tenir aucun congrès malgré sa légalité supposée. À l’inverse, le camp Blaise Louembe, a le vent en poupe. Fort d’un congrès massif, il incarne aujourd’hui une légitimité populaire et organisationnelle incontestable. Soutenu par ses fidèles, le camp de Blaise Louembe a les moyens de faire mouche lors des élections législatives de septembre 2025. Le PDG traverse une crise grave, mais parler de bicéphalisme est inexact juridiquement. L’article 64, mal invoqué, pourrait se retourner contre l’État lui-même. La loi doit protéger la démocratie, non l’instrumentaliser”


analyse un enseignant de droit à l’Université Omar Bongo (UOB) 


À quelques mois des élections législatives de septembre 2025, une telle suspension ferait figure de sinécure offerte à des adversaires sans titre, mais faisant partie des chefs de file du parti depuis plusieurs dizaines d’années. Le couperet de l’article 64, mal utilisé, deviendrait alors le symbole d’un détournement de pouvoir, en porte-à-faux avec l’État de droit. Le moment est venu de faire preuve d’intelligence avec la loi, pas de connivence avec l’illégalité. Un camp qui réunit trois pelés et deux tondus peut-il rafler la mise ? La démocratie gabonaise ne peut être la pâture des ambitions personnelles.


 

Par Pamphile EBO

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