L’ONU PEUT-ELLE RÉELLEMENT METTRE FIN À LA TORTURE DANS LES PRISONS D’AFRIQUE CENTRALE ?
L’Afrique centrale, une région marquée par des conflits récurrents et des régimes politiques souvent autoritaires, fait face à une situation alarmante concernant les droits humains. La torture en milieu carcéral est l’un des fléaux les plus persistants. Bien que l'ONU soit une institution mondiale de premier plan dans la promotion des droits humains, la question se pose. Peut-elle réellement mettre fin à la torture dans les prisons d’Afrique centrale ?
La situation des prisons en Afrique centrale : un constat accablant
Dans des pays comme le Cameroun, la République Centrafricaine, le Tchad, ou encore la République du Congo, les prisons sont souvent des lieux de privation de liberté qui se transforment en chambres de torture. Selon les rapports d’Amnesty International et de Human Rights Watch, les détenus sont régulièrement victimes de violences physiques, de mauvais traitements et de tortures.
Les méthodes de torture utilisées sont multiples. Passage à tabac, électrocution, utilisation de l’eau pour asphyxier les détenus, ou encore enfermement dans des conditions inhumaines. Ces pratiques ont été dénoncées par des organisations locales et internationales. Toutefois, la réponse des autorités locales reste souvent insuffisante, et les responsables de ces abus échappent à toute poursuite judiciaire.
L’ONU et ses efforts pour éradiquer la torture
L'ONU a adopté plusieurs conventions internationales visant à interdire la torture, notamment la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (CAT), entrée en vigueur en 1987. La ratification de cette convention par les États africains de la région était censée constituer une première étape vers l’éradication de la torture. Toutefois, ces engagements n’ont souvent pas été suivis d’effets concrets dans les prisons de la région.
L'ONU, à travers son Bureau du Haut-Commissariat aux droits de l'homme (HCDH), déploie des missions de surveillance dans les prisons des pays concernés. En plus de ses rapports réguliers, elle a mis en place des programmes de formation pour les autorités locales et les forces de l'ordre sur la protection des droits humains. Des équipes spéciales, comme le Sous-Comité pour la prévention de la torture (SPT), interviennent également pour inspecter les lieux de détention et s’assurer que les pays respectent leurs engagements.
Les défis du terrain : un combat à plusieurs niveaux
Malgré ces efforts, plusieurs obstacles rendent la mise en œuvre des mesures de l’ONU difficile. Le premier d’entre eux est la faible volonté politique de certains dirigeants locaux à respecter les droits humains. Dans plusieurs pays d’Afrique centrale, les prisons sont sous le contrôle d’une hiérarchie militaire ou paramilitaire qui utilise la torture comme un outil de répression et de contrôle social.
Les gouvernements concernés, souvent plus préoccupés par la stabilité politique et la gestion de la sécurité intérieure, ne prennent pas les mesures nécessaires pour lutter contre la torture systématique. L’impunité des auteurs de ces actes est monnaie courante, ce qui contribue à la perpétuation de ces abus.
En outre, la corruption dans les systèmes judiciaires et les administrations pénitentiaires compromet les efforts de réformes. Les rares affaires de torture qui parviennent devant la justice sont souvent enterrées ou abandonnées, faute de soutien politique ou de volonté de l’État.
L’ONU face à un dilemme : ses limites
L’ONU, malgré ses bonnes intentions, se trouve dans une position complexe. Elle peut exercer des pressions diplomatiques et mener des campagnes de sensibilisation, mais elle n’a pas de pouvoir coercitif direct pour contraindre les États à changer leurs pratiques. La diplomatie de l’ONU repose sur la coopération des États membres, mais certains pays peuvent se montrer réticents à accepter une intervention étrangère dans leurs affaires internes.
De plus, l’accès aux prisons est souvent restreint, et les rapports réalisés par l’ONU ne sont pas toujours rendus publics, ce qui limite leur impact. Dans certains cas, les missions d’enquête ne peuvent même pas accéder aux lieux de détention les plus isolés ou les plus sensibles.
Il ne suffit pas de se limiter à des résolutions et à des rapports
Pour que l’ONU puisse espérer mettre fin à la torture dans les prisons d’Afrique centrale, il est nécessaire d'adopter une approche multiforme. Il ne suffit pas de se limiter à des résolutions et à des rapports. Il faut que les acteurs internationaux, comme l'Union Africaine, les ONG locales et les gouvernements des pays concernés, s'engagent véritablement dans une action de réformes profondes et de responsabilisation.
Des initiatives telles que les visites de prison, la formation continue des gardiens et des responsables pénitentiaires, ainsi que la mise en place d’une surveillance indépendante pourraient contribuer à limiter les abus. L’ONU devrait également intensifier son travail de plaidoyer auprès des autorités locales pour garantir que les responsables de tortures soient traduits en justice et que les victimes reçoivent des compensations.
Une tâche immense, mais essentielle
L’ONU joue un rôle très important dans la lutte contre la torture, mais ses capacités restent limitées dans des contextes où la volonté politique fait défaut. L’Afrique centrale continue de vivre un dilemme où les droits humains sont sacrifiés au nom de la stabilité et de la sécurité. Bien que des progrès aient été réalisés, il reste un long chemin à parcourir avant que les prisons de la région ne deviennent des lieux respectueux des droits fondamentaux. La responsabilité incombe à la fois à l’ONU, aux gouvernements locaux, et à la communauté internationale dans son ensemble, pour mettre fin à cette pratique barbare et garantir la dignité humaine à tous les détenus.
Les accusations de torture de Bertrand Zibi Abeghe
Bertrand Zibi Abeghe, ancien député et opposant du régime Bongo, invité sur France 24, a réagi mentionné plusieurs cas de torture qui, selon lui, étaient bien plus graves et plus réels. Il a notamment évoqué les souffrances qu’il a lui-même vécues sous le régime d'Ali Bongo Ondimba, mais aussi celles de ses compagnons d'infortune. "Brice Lacruche Alianga a perdu 50% de sa masse corporelle", a-t-il déclaré. Il a souligné la brutalité du régime de l'ancien président Ali Bongo Ondimba.
Il a aussi parlé de ses expériences personnelles pendant son emprisonnement. "Moi, j’ai été pris le 31 août 2016… Nous avons été bombardés à l’arme lourde. C’était l’équivalent d’un mois de bombardement en Ukraine", a-t-il expliqué, faisant référence à l’élection présidentielle contestée de 2016. Selon Zibi Abeghe, le régime Bongo a fait usage de violences extrêmes à cette époque, et il a souligné qu’il a vu "des dizaines et des dizaines de morts", alors que les autorités n’admettent que trois victimes.
Une expérience de torture inimaginable
L’interview a pris une tournure poignante lorsque Zibi Abeghe a partagé son expérience personnelle de torture et de détention. Arrêté après les événements du 31 août 2016, Zibi Abeghe a raconté avoir été emmené dans des conditions effroyables. "Je suis emmené dans une fosse sceptique où je suis immergé jusqu’au cou", a-t-il raconté avec une grande précision, décrivant les conditions inhumaines auxquelles il a été soumis pendant son emprisonnement.
Il a également évoqué les tortures physiques auxquelles il a été soumis à la prison centrale de Libreville, notamment dans un quartier réservé aux détenus condamnés à mort. "C’est un bloc de béton, 50 centimètres de plafond en béton. En moins de 15 minutes, vous dégoulinez comme si on vous a versé un seau d’eau", a-t-il expliqué. Il a précisé que les conditions de détention l’avaient laissé gravement affaibli, avec une perte importante de sa vision. "J’ai perdu 50 à 60 % de mon acuité visuelle", a-t-il ajouté.
Zibi Abeghe a également mentionné ses compagnons de détention, dont certains ont souffert de tortures similaires, comme le cas de Carl Mindoumine Zamba, un ancien député qui porte encore les séquelles de ces violences.
Les responsabilités politiques : Ali Bongo et ses complices
Interrogé sur les responsables des tortures et des exactions commises pendant la période Bongo, Zibi Abeghe n’a pas hésité à désigner l’ancien président. "Les ordres étaient directement donnés par Ali Bongo", a-t-il affirmé. Selon lui, les tortures étaient systématiques et exécutées sur ordre direct du président, qui aurait personnellement supervisé les conditions de détention et les abus.
Zibi Abeghe a aussi fait état des tentatives d'Ali Bongo pour négocier sa libération, en envoyant plusieurs émissaires, pour le convaincre de demander pardon. Mais Zibi Abeghe a refusé toutes ces propositions. "Nous avons subi des tortures indescriptibles. Mais nous avons tenu, et nous croyons que cela ne doit plus se reproduire", a-t-il affirmé avec force.