tvplusafrique

Economie

INVESTISSEMENTS DE PORTEFEUILLE ÉTRANGERS AU GABON : ENTRE FRÉMISSEMENTS ET INCERTITUDES (2024-2026)

INVESTISSEMENTS DE PORTEFEUILLE ÉTRANGERS AU GABON : ENTRE FRÉMISSEMENTS ET INCERTITUDES (2024-2026)
Investissements de portefeuille étrangers au Gabon : tendances 2024-2026 et perspectives économiques

Par un regard lucide sur l’économie nationale, il apparaît que les investissements de portefeuille étrangers, longtemps marginaux au Gabon, commencent à jouer un rôle plus visible dans le financement de l’État et des entreprises. Entre 2024 et 2025, leur évolution reste contrastée, tandis que les perspectives pour 2026 oscillent entre espoir prudent et vulnérabilité structurelle.


Une année 2024 marquée par la reprise de l’attractivité


L’année 2024 aura été celle d’un regain d’intérêt des investisseurs internationaux pour les titres gabonais, notamment sur le marché sous-régional de la CEMAC. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de reprise économique, avec une croissance estimée à 2,9 %, soutenue par le secteur pétrolier et les travaux publics.


Les investissements de portefeuille, essentiellement constitués d’obligations du Trésor et de titres publics,  ont bénéficié de cette embellie. Le Gabon, confronté à des besoins de financement élevés, a intensifié ses émissions sur le marché régional, attirant des capitaux étrangers en quête de rendements relativement élevés.


Cependant, cette attractivité reste fragile. La dégradation de la notation souveraine en 2024 et les inquiétudes liées à la dette publique ont tempéré l’enthousiasme des investisseurs. Autrement dit, si les flux existent, ils demeurent sensibles au risque pays.


2025 : entre consolidation et tensions sur les capitaux


En 2025, les investissements de portefeuille étrangers devraient connaître une évolution mitigée. D’un côté, les autorités monétaires, à travers la BEAC, ont assoupli les conditions de crédit afin de stimuler l’investissement, ce qui pourrait indirectement soutenir les marchés financiers.


De l’autre, plusieurs facteurs pèsent sur ces flux :




  • la baisse attendue des cours du pétrole, principale source de devises ;




  • le ralentissement économique global, notamment dans les pays partenaires ;




  • et une confiance encore fragile des investisseurs internationaux.




Selon les projections, la balance des paiements du Gabon redeviendrait excédentaire en 2025, atteignant environ 154,5 milliards de FCFA. Cette amélioration pourrait favoriser un retour progressif des capitaux de portefeuille.


Mais dans le détail, les comptes de capitaux restent dépendants des « autres investissements », ce qui signifie que les investissements de portefeuille ne constituent pas encore un pilier solide du financement extérieur.


2026 : une possible dégradation des investissements de portefeuille


Les perspectives pour 2026 appellent à la prudence. Les projections officielles évoquent une détérioration des investissements de portefeuille, en lien avec une volatilité accrue des marchés financiers et une possible baisse de l’appétit pour le risque.


Plusieurs éléments expliquent cette tendance :




  • la diminution progressive de la production pétrolière ;




  • la pression sur les finances publiques ;




  • et la concurrence accrue d’autres marchés émergents.




Dans ce contexte, même si la balance des paiements resterait excédentaire (72 milliards de FCFA en 2026), cette amélioration serait davantage portée par le commerce extérieur que par les flux financiers.


Une attractivité réelle mais encore incomplète


Il serait toutefois réducteur de dresser un tableau pessimiste. Le Gabon conserve des atouts indéniables. Le pays figure parmi les économies les plus attractives d’Afrique centrale pour les investisseurs étrangers, occupant même une place de leader dans la sous-région.


Les réformes engagées, notamment dans la diversification économique (mines, agriculture, infrastructures), pourraient renforcer à terme la profondeur du marché financier local. De même, l’augmentation attendue des investissements publics et privés, notamment dans les infrastructures, devrait améliorer l’environnement global des affaires.


Quel cap pour renforcer ces flux ?


Pour transformer l’essai, le Gabon devra relever plusieurs défis majeurs :




  • renforcer la crédibilité budgétaire et la gestion de la dette ;




  • développer un marché financier plus profond et liquide ;




  • améliorer la transparence et la gouvernance économique ;




  • diversifier son économie pour réduire la dépendance au pétrole.




Sans ces réformes, les investissements de portefeuille resteront volatils, opportunistes et insuffisants pour soutenir durablement la croissance.


Entre opportunité et vigilance


Au total, la période 2024-2026 traduit une phase de transition. Les investissements de portefeuille étrangers au Gabon progressent, mais sans encore atteindre un niveau structurant pour l’économie.


L’année 2024 aura posé les bases d’un retour de la confiance. 2025 devrait confirmer une certaine stabilisation. Mais 2026 pourrait rappeler, avec acuité, que la confiance des marchés est un capital fragile.


 


 

Par Pamphil

Top Articles