SÉNÉGAL, DIOUF PRÉVIENT SONKO, SA CONDUITE POURRAIT LUI COÛTER LA PRÉSIDENTIELLE DE 2029
Le ministre de l’Énergie et du Pétrole est revenu sur l’absence d’Ousmane Sonko à la présidentielle de 2024. Selon Abdourahmane Diouf, cette situation ne serait pas liée à la popularité du leader de Pastef. Il l’explique plutôt par le non-respect d’un « critère moral » qui aurait pesé sur sa candidature. Le ministre fait notamment référence à la condamnation de Sonko dans une affaire de diffamation.
Il lui reproche d’avoir tenu des propos jugés calomnieux à l’encontre d’une autre personnalité. Ces déclarations avaient donné lieu à des poursuites judiciaires avant d’aboutir à une condamnation.
Quand la morale entre dans la sélection des candidats à la présidentielle
Dans une démocratie, la question de la moralité des candidats à une élection présidentielle peut difficilement être dissociée du cadre légal qui définit les conditions d’éligibilité. La déclaration du ministre de l’Énergie et du Pétrole, évoquant un « critère moral » qui aurait empêché Ousmane Sonko de participer à la présidentielle , pose ainsi une question institutionnelle majeure : qui est habilité à apprécier la moralité d’un candidat et sur la base de quels critères ? Si l’éthique publique peut légitimement être exigée des responsables politiques, elle ne saurait se confondre avec une appréciation subjective de leur comportement ou de leur personnalité. Dans un État de droit, les conditions permettant de se présenter à une élection doivent être connues, objectives et encadrées par la loi, afin d’éviter que la sélection des candidats ne dépende du jugement moral ou politique d’un individu ou d’une institution.
La distinction entre morale, éthique publique et éligibilité juridique devient dès lors essentielle. Un responsable politique peut être contesté sur le plan moral ou politique sans pour autant être juridiquement privé de son droit à se présenter. À l’inverse, certaines condamnations ou situations prévues par la loi peuvent effectivement avoir des conséquences sur l’éligibilité. Toute la question est donc de savoir où placer la frontière entre le jugement politique, l’exigence d’intégrité et la règle de droit.
Reconnaître la popularité de Sonko tout en justifiant son absence
Le paradoxe de la déclaration du ministre de l’Énergie et du Pétrole réside dans le fait qu’elle semble, en creux, reconnaître le poids politique et la popularité d’Ousmane Sonko, tout en cherchant à justifier son absence de la présidentielle de 2024 par un autre motif. En affirmant que l’échec de sa candidature ne s’expliquait pas par un manque de popularité, mais par le non-respect d’un « critère moral », le ministre admet implicitement que la question de la popularité de Sonko n’était pas anodine dans le paysage électoral. Cette lecture soulève alors une interrogation : si sa popularité n’était pas en cause, pourquoi était-il nécessaire de revenir sur les raisons de son absence ?
Derrière cette justification se dessine ainsi un débat plus large sur la place de Sonko dans l’échiquier politique sénégalais, mais aussi sur la manière dont ses adversaires politiques perçoivent encore son influence électorale. La déclaration peut dès lors être lue comme une volonté de dissocier la légitimité populaire de la légitimité à être candidat, tout en ravivant, deux ans après le scrutin, les interrogations sur les conditions qui ont entouré son exclusion de la présidentielle.