ÉLECTRICITÉ EN HAUSSE
Selon les données contenues dans le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029 (DPEB), élaboré dans le cadre du Débat d’orientation budgétaire, il manque encore 1 220 MW pour parvenir à la cible intermédiaire de 3 500 MW.
Nachtigal, principal moteur de la progression
Cette augmentation repose en grande partie sur l’entrée en production de nouvelles infrastructures hydroélectriques. Le projet Nachtigal occupe une place centrale dans cette évolution.
Avec une puissance de 420 MW, cette centrale constitue l’apport le plus important enregistré ces dernières années. Ses sept groupes, chacun d’une capacité de 60 MW, ont été progressivement mis en service, le dernier ayant démarré en mars 2025. Désormais opérationnelle, l’installation injecte son énergie dans le Réseau interconnecté Sud (RIS).
À elle seule, Nachtigal représente près de 20 % de la capacité électrique installée recensée à la fin de 2025. Son entrée en exploitation constitue donc une bouffée d’oxygène pour un système électrique confronté depuis plusieurs années à une demande croissante.
Le barrage de Lom Pangar contribue également à cette évolution. Son usine de pied dispose d’une puissance de 30 MW et alimente le Réseau interconnecté Est (RIE). Les premières opérations de mise en service ont débuté en mai 2023, avant une montée en régime progressive.
Ensemble, Nachtigal et Lom Pangar apportent 450 MW supplémentaires. Ils expliquent donc une part substantielle des 764 MW ajoutés au parc national entre 2020 et 2025, même si d’autres capacités ont également contribué à cette hausse.
Un déficit électrique toujours structurel
Malgré cette progression, le Cameroun reste encore loin de ses objectifs. Avec 2 280 MW disponibles à fin 2025, le pays n’a atteint qu’environ 65 % de la cible intermédiaire de 3 500 MW.
Le DPEB pointe notamment la persistance d’un déficit structurel de l’offre. À cette insuffisance s’ajoutent les pertes enregistrées sur les réseaux ainsi que l’accumulation des impayés. Autant de facteurs qui fragilisent l’équilibre financier de la filière et limitent sa capacité à répondre durablement aux besoins des ménages et des entreprises.
Cette situation intervient alors que l’État a repris le contrôle complet de l’entreprise chargée de la distribution. Le 4 mai 2026, Eneo a ainsi été transformée en Société camerounaise d’électricité (SOCADEL), une société à capital public détenue par l’État.
Cette reprise en main doit notamment servir de levier pour redresser les comptes du secteur et améliorer la qualité du service. En parallèle, les pouvoirs publics prévoient de poursuivre la modernisation des réseaux de transport et de distribution.
L’objectif est notamment de garantir une alimentation plus stable et compétitive aux grands pôles industriels de Kribi et de Douala-Bassa.
Plus de 1 600 MW de projets dans les cartons
Pour répondre à la croissance future de la demande, le gouvernement compte également sur plusieurs grands projets hydroélectriques. Le portefeuille présenté dans le DPEB comprend notamment Kikot, dont la puissance projetée atteint 500 MW, Minkouma avec 300 MW, Chollet avec 600 MW et Bini à Warak avec 90 MW, auxquels s’ajoute le projet Mbakaou.
Ces infrastructures constituent un important réservoir de nouvelles capacités. Toutefois, leur présence dans la programmation budgétaire ne signifie pas qu’elles entreront toutes en exploitation avant 2029.
Le projet Kikot, par exemple, est programmé pour une période allant de 2028 à 2032. Minkouma doit suivre entre 2029 et 2034, tandis que Bini à Warak est prévu entre 2029 et 2033. Pour Chollet, la réalisation s’étalerait de 2029 à 2036.
Le calendrier montre ainsi que l’augmentation de l’offre électrique restera un chantier de long terme. Le pays devra donc maintenir ses investissements et accélérer la mise en œuvre des projets prioritaires pour combler progressivement le déficit.
Le défi du transport et de la distribution
Produire davantage ne suffira cependant pas. Encore faut-il pouvoir acheminer cette énergie jusqu’aux consommateurs. Le gouvernement prévoit à ce titre plusieurs infrastructures destinées à renforcer le réseau de transport.
Parmi les ouvrages programmés figurent les lignes de 225 kV Ebolowa-Kribi et KPDC-Port autonome de Kribi, la ligne de 90 kV Mbalmayo-Mekin ainsi que la liaison de 400 kV Nachtigal-Bafoussam. Le renforcement des capacités de transformation des postes électriques est également prévu.
Dans les zones rurales, les pouvoirs publics envisagent par ailleurs la construction de 5 000 km de lignes d’ossature de distribution triphasées de 30 kV. Un programme d’électrification photovoltaïque doit aussi permettre de desservir 200 localités.
Les mégawatts ne suffisent plus
Le Cameroun a donc franchi une étape importante en augmentant de moitié sa capacité installée en cinq ans. Mais le chemin reste long avant d’atteindre les 3 500 MW visés.
Le véritable enjeu consiste désormais à transformer cette hausse de la puissance disponible en amélioration concrète de l’approvisionnement. Cela passe par de nouvelles centrales, mais aussi par des réseaux capables d’évacuer l’électricité, une distribution plus performante et un assainissement financier du secteur.
Sans ces investissements complémentaires, les nouveaux mégawatts risquent de ne pas produire pleinement les effets attendus sur l’économie. Le défi est donc désormais double. Accroître l’offre tout en renforçant l’ensemble de la chaîne électrique, de la production jusqu’au consommateur final.